SALAIRES - Un millésime sans relief
Ouvertes en septembre dernier dans un climat maussade, les négociations annuelles obligatoires sur les salaires (NAO) ne seront pas un grand millésime. « On s’attend à ce que l’année soit compliquée, c’est pour cela qu’il y a eu beaucoup de mises en réserve pour éviter une catastrophe en 2021, confie Frédéric Guyonnet, président du Syndicat national des banques (SNB). Les directions ont eu une marge de manœuvre très étroite mais nous sommes déçus de ces NAO : elles pouvaient aller encore plus loin. » En ne donnant « aucune visibilité sur l’avenir », la crise du Covid-19 a clairement bouleversé les discussions.
Cette année, seuls deux groupes (Crédit Mutuel Alliance Fédérale et la Banque Populaire) ont proposé une augmentation générale. Mais en raison d’un problème entre syndicats, l’enseigne de BPCE n’a pas abouti à un accord. « C’est dommage. Il y avait une négociation d’augmentation générale et, malheureusement, le SNB était le seul syndicat signataire », regrette son président.
De son côté, le Crédit Mutuel a accordé une hausse de salaire de 0,5 % à l’ensemble de ses employés, avec un plancher de 185 euros, pour les salariés dont le revenu annuel est inférieur à 37.000 euros. Une enveloppe individuelle de 1,5 % de la masse salariale a également été accordée en plus du versement, en plusieurs fois, de 2.000 euros de « prime Macron ».
Au Crédit Agricole, les syndicats ont « réussi à maintenir quasiment la même enveloppe d’augmentations individuelles que l’année dernière. On partait d’un point de départ plus bas, donc c’est plutôt satisfaisant », considère Valérie Delacourt, coordinatrice CFDT pour le groupe CASA. L’accord prévoit une enveloppe d’augmentations individuelles de 1,7 % pour 2021 (contre 1,8 % en 2019), dont 0,2 % pour les mobilités intra-annuelles et 0,2 % au titre du rattrapage salarial entre les femmes et les hommes. Sur les 12 autres entités (LCL, Caceis…) de la banque verte, les enveloppes d’augmentations individuelles ont varié entre 1 % et 1,7 %. Par exemple, LCL a obtenu une enveloppe de 1,4 million d’euros pour les salariés dont la rémunération est supérieure à trois Smic, une prime exceptionnelle de 500 euros ou encore un forfait mobilité durable de 200 euros par salarié.
Chez BNP Paribas, les salariés gagnant jusqu’à trois fois le Smic ont reçu une prime Macron de 500 euros ainsi que des primes de 400 euros pour les rémunérations annuelles brutes comprises entre 55.419 et 80.000 euros. Ces mesures ont concerné 85 % des salariés de la SA, soit environ 42.000 personnes. Un abondement de 300 euros sera également versé ce mois-ci. « Quand on voit les résultats de BNP Paribas, on aurait pu s’attendre à plus car le groupe se porte très bien », regrette Richard Pons, délégué syndical national CFDT de la banque. De même, « à cause du Covid, 16 % de l’intéressement n’a pas été versé car il n’y a pas eu de versement de dividendes. Nos demandes autour d’un forfait mobilité durable n’ont par ailleurs pas abouti, déplore le délégué syndical. BNP Paribas devrait faire encore quelques milliards de bénéfices cette année mais elle va continuer à réduire ses coûts et ses effectifs. »
Déceptions
Du côté de la branche Caisse d’Epargne de BPCE, « c’est zéro augmentation générale des salaires et zéro prime de risque Covid », regrette Alain Quesne, membre du bureau national Sud-Solidaire BPCE, en affirmant que « les dirigeants de la branche Caisse d’Epargne se sont octroyé des parts variables pouvant aller jusqu’à 75 % de leur salaire fixe ». Chez Natixis, les syndicats ont signé un accord portant notamment sur une enveloppe d’augmentations individuelles à 1,5 % de la masse salariale, le maintien de l’enveloppe égalité professionnelle ou encore des primes exceptionnelles de 350 euros et 450 euros hors dispositif Macron.
A la Société Générale, les négociations se sont soldées par un procès-verbal de désaccord. « Il n’y a eu aucune proposition », regrette Khalid Bel Hadaoui, délégué syndical national CFDT Société Générale. Le 7 janvier, seul un supplément d’intéressement de 500 euros pour tous les salariés a été accepté. Il devrait « compenser en partie la perte de l’intéressement en 2020, donc ce n’est pas une mesure », souffle-t-il. La Société Générale « n’a pas fait appel aux dispositifs d’aide de l’Etat : nous nous sommes substitués à l’Etat pour maintenir les rémunérations des collaborateurs », explique de son côté Frédéric Clavière-Schiele, directeur des affaires sociales du groupe. Sur l’année 2020, « nous avons globalement alloué 3 % de notre masse salariale en y intégrant un supplément d’intéressement : c’est, pour nous, une mesure de NAO ».
En 2021, la Société Générale devrait travailler à la renégociation d’un accord d’intéressement, à l’application, dès la sortie de la crise, de l’accord sur le télétravail signé le 7 janvier et au projet de fusion avec le Crédit du Nord. « Nous n’avons pas connaissance du nombre de postes qui seront supprimés suite à cette fusion. On est sur le volet économique, le volet social sera étudié dans le courant de cette année », souligne Khalid Bel Hadaoui. Au Crédit du Nord, les syndicats ont signé un procès-verbal de désaccord « des enveloppes individuelles diminuées de 50 % pour la rémunération contractuelle annuelle et 20 % pour les primes… rien pour rassurer et fidéliser nos collègues dans ce contexte de fusion », déplore Nicolas Grosnier, délégué syndical national.
Du côté de HSBC, les négociations ont abouti à une revalorisation des salaires inférieurs à 41.000 euros de 0,5 % avec un minimum de 150 euros, à la reconduction d’un abondement sur le Plan d’épargne entreprise de 300 % jusqu’à 400 euros, ainsi qu’à une prime Macron de 650 euros pour les salaires inférieurs à trois Smic.
Certaines banques manquent encore à l’appel. Les conclusions de La Banque Postale sont attendues ce 28 janvier. De son côté, Milleis Banque entamera les négociations début février.
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