L’union bancaire européenne s’inspire de la supervision américaine
Ironie de l’histoire: cinq ans après le début de la crise financière aux Etats-Unis, le modèle américain triomphe en Europe. Chez les banques, la course à la désintermédiation est devenue la norme. Le projet d’union bancaire européenne que les observateurs espèrent voir lancer lors du sommet des 28 et 29 juin s’inspire quant à lui de la supervision à l’américaine.
L’objectif est de casser le lien entre les coûts de financement des Etats et des banques, qui perturbe la transmission de la politique monétaire de la BCE en Europe du Sud. Dans ce schéma, la Banque centrale européenne prendrait la tête d’une supervision fédérale, à l’image de la Réserve fédérale américaine. Exit donc l’Autorité bancaire européenne et le Conseil européen du risque systémique. Malgré l’opposition sur de nombreux points entre Paris et Berlin, et les préventions du superviseur allemand, la BaFin, la chancelière Angela Merkel s’est montrée favorable au renforcement du rôle de la BCE.
En revanche, la supervision quotidienne serait laissée aux banques centrales nationales. «Elles ont déjà la charge dans la plupart des pays européens, ce qui permettrait de commencer à mettre en œuvre l’union bancaire dès l’an prochain», estime une source officielle. Cette supervision décentralisée pourrait être spécialisée d’un pays à l’autre selon la complexité des systèmes bancaires locaux. Comme le font les Fed régionales aux Etats-Unis, où la Fed de New York surveille les géants de Wall Street.
Le système devra s’appuyer sur un fonds européen de garantie des dépôts, sur le modèle de la FDIC américaine, ou sur une mutualisation des fonds nationaux. Reste à en fixer les détails. Le fonds européen devrait être abondé par les cotisations des banques, modulées suivant la nature des risques que prend chaque établissement. Sa capacité à intervenir ex ante et pas seulement ex post, pour forcer une restructuration avant qu’une crise n’éclate, est jugée primordiale. Elle éviterait une gestion «à l’espagnole», qui a laissé pourrir le problème des cajas pourtant identifié dès 2007-2008.
Mais qui paierait en cas de gros sinistre ? En 2008, la FDIC n’avait pas les moyens de sauver AIG ou Bear Stearns. Une piste consisterait à ce que le Mécanisme européen de stabilité prête de l’argent au fonds de garantie. Ce dernier pourrait aussi emprunter à un instant donné, puis rembourser grâce aux cotisations futures de ses membres.
Plus d'articles du même thème
-
Jeudi noir pour la tech à Wall Street
Le marché américain a connu sa pire séance depuis avril 2025 et le Liberation Day de Donald Trump. Les valeurs technologiques liées à l'IA restent au centre des préoccupations. L'indice Nasdaq a basculé en territoire de correction avec plus de 10% de baisse par rapport à son record. -
La Banque d’Angleterre élève son étendard faucon
La banque centrale a relevé son taux directeur pour la première fois depuis plus de trois ans tout en laissant la porte ouverte à d’autres hausses. Une décision plus unanime qu’anticipée. -
Rheinmetall paie encore les incertitudes entourant ses commandes publiques
Le spécialiste allemand de l’armement, qui a une nouvelle fois abaissé sa prévision de chiffre d’affaires annuel, table désormais sur une stabilité de sa marge d’exploitation.
ETF à la Une
Près d’un quart de la collecte d'octobre sur les ETF en Europe s’est dirigé vers les actifs américains
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- 2CRSI n’arrive pas à se remettre d’une attaque d’activiste
- Parvus accentue sa pression sur la gouvernance d’Accor
Contenu de nos partenaires
-
Règle d’or budgétaire : l’offensive politique du RN à l'épreuve d'un calendrier intenable
Au lendemain du rejet du budget, Jordan Bardella veut voter « en urgence » la règle d’or pour l'inscrire dans la Constitution. Or, les délais et le contexte politique rendent intenable son calendrier express -
« Sur les réseaux sociaux, l'agressivité attire l’attention des électeurs, sans pour autant les convaincre »
La somme phénoménale de douze milliards de dollars a été dépensée pour la publicité politique à la télévision et sur les réseaux à l'occasion de la campagne des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Avec quels résultats ? -
DésinformationPrésidentielle : la campagne otage des algorithmes
Une partie de l’échiquier politique s’inquiète de voir l’élection présidentielle biaisée par la prolifération de faux contenus et l’opacité entretenue par les plateformes, dont la responsabilité est pointée du doigt