L’innovation s’immisce dans tous les points d’attention du superviseur bancaire

Emmanuelle Assouan, la secrétaire générale de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, a expliqué, lors de son intervention à l’événement Bank Acceleration organisé par L’Agefi à Paris, quels étaient les apports concrets et les dangers de l’IA pour les banques et a fait le point sur les avancées de l’euro numérique de gros.
Emmanuelle Assouan
Emmanuelle Assouan, secrétaire générale de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR)  - 
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  • Emmanuelle Assouan a présenté les opportunités et les risques de l’intelligence artificielle pour le secteur bancaire.
  • En décembre, les premières transactions de tokenisation débuteront sur le marché français des NEU CP de 330 milliards d’euros.

Prendre le meilleur et essayer d’éviter le pire. Lors de son intervention à l’événement Bank Acceleration organisé par L’Agefi le 6 octobre à Paris, Emmanuelle Assouan, la secrétaire générale de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), a été formelle : pour les banques, « l’IA est sans conteste le défi technologique qui provoque le plus de changements », a-t-elle déclaré.

Point le plus visible, et certainement le plus médiatisé, la fraude et le risque cyber se sont considérablement accrus ces dernières années, avec des fraudeurs encore plus efficaces qu’auparavant. « Il faut que, collectivement, nous ayons une ‘cyber-hygiène’ », estime Emmanuelle Assouan, reprenant le terme à la mode aujourd’hui parmi les superviseurs et les régulateurs.

Cependant, elle estime aussi que l’IA est « un plaidoyer pour que les institutions financières augmentent leur efficacité ». L’ACPR elle-même utilise ces nouveaux outils et constate, par exemple, lorsqu’elle examine des transactions, une baisse de 60% du nombre d’alertes indues par rapport aux systèmes habituels, avec une augmentation de 20% de déclaration de soupçons.

Paiement agentique

L’ACPR veille aussi à ce que l’utilisation de l’IA respecte les notions d’équité, de transparence et d’explicabilité. Pour illustrer cela, Emmanuelle Assouan prend l’exemple d’une banque qui utilise l’IA pour accorder un prêt. « Tout le monde n’a pas vocation à obtenir le même type de crédit au même taux, mais il faut que ce soit fondé sur les risques financiers et économiques et pas sur d’autres biais qui sont des biais discriminants et qui seraient injustes », explique-t-elle.

Ensuite, outre les progrès déjà visibles de l’intelligence artificielle générative, l’IA agentique, qui permet à une intelligence artificielle d’initier, de valider et d’exécuter un paiement, devrait profondément modifier le secteur des paiements. Pour illustrer la vitesse à laquelle ces progrès pourraient intervenir, Emmanuelle Assouan évoque le virement instantané qui était, il y a quelques années, « épisodique » dans la pratique des banques, et qui représente maintenant un sixième du nombre total de virements. Ces évolutions engendrent évidemment des problèmes de souveraineté, avec « le risque de dépendance vis-à-vis de prestataires non européens », met en garde la secrétaire générale.

Tokenisation de masse

L’essor de l’IA agentique n’est pas le seul point que surveille l’ACPR dans le monde des innovations. L’euro numérique et la tokenisation de la finance sont aussi des chantiers qui avancent. Après une cinquantaine d’expériences, « nous avons pu conclure qu’il y avait une adhésion très forte de l’ensemble de l'écosystème qui a vocation à utiliser la monnaie numérique de banque centrale de gros », a déclaré Emmanuelle Assouan.

Sa mise en place, aujourd’hui effective, permet d’offrir « un socle de stabilité financière » à l’ensemble de l'écosystème, pour ensuite accompagner la tokenisation de la finance. Le nombre de transactions reste cependant encore faible, car il n’y a pas encore beaucoup d’actifs tokenisés. « Mais cela ne saurait tarder. Une grande partie du marché des NEU CP, les commercial papers de la place de Paris, un marché de 330 milliards d’euros, est en cours de tokenisation. Les premières transactions auront lieu en décembre, avec un règlement en monnaie numérique de banque centrale de gros », a-t-elle dévoilé. C’est la première fois qu’une bascule de cette ampleur vers les actifs tokenisés aura lieu, et cela se passe en France ». Une authentique raison de se réjouir.

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