L’heure de vérité approche pour les bilans des assureurs
L’application de Solvabilité 2 au 1er janvier 2016 pousse les assureurs à lever le voile sur leur ratio de fonds propres calculé selon les nouvelles règles. Avec, bien souvent, des révisions à la baisse par rapport aux estimations du début d’année. Scor, qui s’appuie comme la grande majorité du secteur sur un modèle de calcul interne, est le dernier en date à affiner ses chiffres. Lors de sa journée investisseurs mercredi, le réassureur a estimé son futur ratio sous Solvabilité 2 à 204%, soit 20 points en-dessous du niveau publié à fin juin. Une marge de solvabilité qui reste dans la zone «optimale» fixée par le groupe entre 185% et 220%.
Les prochaines semaines verront d’autres mises au point de ce type. Le résultat final de l’exercice dépend de la validation, par les superviseurs nationaux, des modèles de risques internes des assureurs. A ce petit jeu, Hannover Re a pris de l’avance. Le groupe allemand a obtenu début août l’accord de la BaFin. Son modèle interne validé fait ressortir une marge de solvabilité, à fin 2014, «supérieure à 250%». Dans son rapport annuel, il chiffrait ce ratio à 286%, mais c’était avant que la BaFin lui demande d’ajuster ses méthodes de calcul.
Tous les autres grands assureurs discutent encore. Le processus est autant politique que financier. «Les compagnies ont besoin de faire approuver leur modèle interne, et les régulateurs doivent montrer qu’ils ont obtenu une marge de confort supérieure. Au bout du compte, la perte en termes de marge de Solvabilité 2 pourrait être de 10 à 30 points», note l’analyste de Bryan Garnier.
Certaines compagnies en ont déjà fait les frais, notamment aux Pays-Bas, où le superviseur se montre tatillon au sujet des modèles internes. Le 13 août, Aegon a réduit de 150-200% à 140-170% le corridor de fluctuation prévisionnel de son ratio Solvabilité 2. Le cours de l’action a plongé de 17% depuis. «En considérant que la barre des 160% est critique, la majorité des compagnies que nous couvrons semblent avoir des coussins de fonds propres suffisants, souligne Bryan Garnier. C’est surtout vrai pour les réassureurs et les grands assureurs primaires. A l’autre bout du spectre, Ageon est dans la position la plus difficile». Les derniers ratios Solvabilité 2 publiés par Axa et Allianz atteignent ainsi 215% et 212%. CNP n’est qu’à 170%, mais applique une formule standard.
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