L’exposition des banques européennes au «shadow banking» pèse 80% de leur capital
Les risques de du «shadow banking» sont nombreux, a souligné ce jeudi l’économiste Richard Portes (London Business School) qui intervenait sur le sujet à l’invitation du CEPII. Et de citer le «transfert de l’intermédiation de banques sous régulation à des entités non régulées, le financement par des ressources à court terme d’actifs de long terme, des innovations financières visant à créer des obligations particulièrement opaques...».
Richard Portes a contribué à une étude qui, pour la première fois, révèle en détail l’ampleur de l’exposition des banques européennes en la matière.
Avec l’aide de l’Autorité bancaire européenne (EBA), les auteurs ont pu déterminer que l’exposition de 169 banques à la «finance de l’ombre» atteignait 1.082 milliards d’euros fin 2015. Surtout, ils en ont évalué le poids par pays et en proportion du bilan des banques.
Hormis le Luxembourg, où le «shadow banking» représente 22,9% du PIB en raison de la présence de nombreuses filiales, c’est pour les banques britanniques que l’exposition est la plus élevée, si on la rapporte à la richesse du pays. Elle atteint 15% du PIB de la Grande-Bretagne, et représente 76% du capital éligible, au sens de la réglementation européenne sur les fonds propres, des banques britanniques. Pour les banques allemandes, cette activité équivaut à 3,9% du PIB de leur pays d’origine et 108% de leur capital. S’agissant des françaises, elle atteint 3,8% de la richesse nationale et 62% de leur capital. Au total, l’exposition des banques européennes représente 80% de leur capital.
Le «shadow banking» auquel les banques européennes sont exposées se concentre pour beaucoup hors d’Europe ou dans des pays à la fiscalité avantageuse. Ainsi, s’agissant des britanniques, plus du tiers se situe aux Etats-Unis, une part significative se trouvant aux Iles Caïmans, en Irlande, à Jersey… En France et en Allemagne, on ne trouve que 10% des expositions des banques européennes. Les établissements français sont particulièrement investis aux Etats-Unis (38% de leurs expositions), beaucoup plus qu’en France (20%). En troisième position, arrivent les Iles Caïmans (5%).
26% des expositions au «shadow banking» viennent de l’activité de titrisation, 22% des fonds d’investissement non monétaires (hedge funds, etc.), et 18% sont issus des compagnies financières. Pour près de 90%, ces entités de la «finance de l’ombre» ne font pas l’objet de supervision.
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