L’Europe décale ses tests de résistance dans un contexte de « credit crunch »
La pression était trop forte. L’Autorité bancaire européenne (EBA) a reporté la publication du résultat définitif des tests de résistance bancaire, basés sur les expositions aux dettes souveraines au 30 septembre mises à leur valeur de marché. Les tests provisoires, calculés d’après les encours à fin juin, faisaient apparaître un déficit en capital de 106 milliards d’euros pour 70 établissements, à combler mi-2012.
Mais l’EBA a fait l’objet de vives critiques, notamment en Allemagne, sur ses changements de méthode (L’Agefi Quotidien du 24 novembre). Dans l’industrie financière, mais aussi chez certains régulateurs, comme en France, on pointe un double effet pervers des tests: ils encouragent la vente massive d’obligations d’Etat, et accélèrent le risque de credit crunch en Europe à l’heure où le financement bancaire se tarit.
Les nouvelles règles du jeu bancaire, avec application complète de Bâle 3 dès 2013, annoncent un deleveraging massif. Barclays Capital a passé le 22 novembre en revue les annonces d’un échantillon de grandes banques testées par l’EBA. Sur les 48 milliards de capital à trouver, 20% proviendront d’une baisse pure et simple des bilans. En extrapolant, BarCap arrive à 550 milliards d’euros de réduction des encours du système bancaire de la zone euro d’ici à fin juin 2012, soit 2% de l’actif. Mais ce montant pourrait grimper à 3.000 milliards si les bénéfices du secteur sont en-deçà des prévisions.
Les prêteurs ne peuvent par ailleurs plus émettre de dette non sécurisée, ni sur de longues maturités. Or, 700 milliards d’euros de dette arrivent à échéance en 2012. «Les problèmes de refinancement sont un frein aussi important au crédit que le capital, soulignent les analystes de Morgan Stanley. Pour cette raison, les banques européennes vont réduire de 1.500 à 2.500 milliards d’euros leurs bilans».
«Il y a des inquiétudes sérieuses sur une possible réduction inappropriée du bilan des banques», selon un document préparatoire à l’Eurogroupe cité hier par Reuters. Les ministres des Finances de l’Union européenne se pencheront aujourd’hui sur la question des stress tests, avec, en cas d’accord, une publication des résultats la semaine prochaine. Les systèmes de garantie de dette bancaire mis en place par les Etats fin 2008 pourraient aussi être réactivés, mais uniquement à l’échelon national, l’Europe ne prévoyant que d’en coordonner les modalités.
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