Les réseaux internationaux forgent les hiérarchies entre les banques
La chute du titre de Crédit Agricole SA à l’annonce du plan stratégique de la Banque verte début mars est significative: les investisseurs ont sanctionné la modestie de son volet international. Aujourd’hui, la capacité à trouver un relais de croissance à l’étranger, particulièrement dans la banque de détail, est l’un des principaux critères d’évaluation des établissements. «La crise et les exigences de Bâle 3 en terme de liquidités ont provoqué un rééquilibrage des activités bancaires vers les réseaux. En outre, les observateurs ont tendance à considérer l’Europe occidentale comme un marché national», explique Bruno Establet, associé chez Selenium, branche international d’Equinox Consulting.
La nécessité de croître à l’étranger est impérieuse pour les acteurs français. En effet, la France est le marché développé le plus concentré au monde, selon l’étude de Selenium sur la banque de détail à l’international: les cinq premiers groupes occupent 86% du marché. Parmi les banques hexagonales, BNP Paribas et la Société Générale ont été les plus précoces à aller vers l'étranger. D’autres groupes sont prudents, comme le Crédit Agricole ou le Crédit Mutuel, tandis que BPCE, qui a débloqué depuis cette année un budget d’un milliard d’euros pour des acquisitions en Asie et en Afrique, et la Banque Postale – «qui dispose d’un responsable des développements internationaux», note Bruno Establet –, planchent sur le sujet.
«Les budgets alloués aujourd’hui sont bien inférieurs à ceux d’avant la crise. En outre, les marchés ciblés à l’époque sont aujourd’hui largement occupés – les tickets d’entrée sont donc élevés», souligne le consultant. Or, ces pays, comme la Turquie, la Pologne, le Maghreb, voire le Brésil, disposent des meilleurs atouts: population élevée et croissance forte. D’autant plus que les banques européennes sont désormais concurrencées dans leurs ambitions par certains établissements du «Sud», marocains ou brésiliens par exemple.
Le fossé s’est donc creusé. Selon l’étude de Selenium, la proportion d’agences situées hors de France atteint 70% chez BNP Paribas et 55% à la Société Générale, contre seulement 21% pour le Crédit Agricole. «Pour les banques qui ont accumulé du retard, il est nécessaire de concevoir des schémas moins onéreux, en réfléchissant notamment à de nouveaux format de distribution» à travers la conclusion de partenariats avec des acteurs locaux ou le développement de modèles bancaires alternatifs (internet, agences mobiles, etc.).
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