Les réassureurs vont souffrir de la concurrence des financements de marché
Le vent tourne pour les réassureurs. «Après huit années entières de prévisions stables pour la réassurance mondiale, Standard & Poor’s estime que le secteur va connaître une phase négative en terme de notation en 2014, écrivent les analystes de l’agence de notation dans leur dernier rapport publié la semaine dernière. Le seuil critique a été atteint début janvier [au moment du renouvellement des contrats, ndlr], lorsque nous avons observé un comportement de plus en plus concurrentiel entre les réassureurs, attitude qui entamera leur rentabilité en 2014 et 2015. Elle constitue la menace principale à l’égard du secteur aujourd’hui», largement devant les incertitudes macroéconomiques.
L’une des raisons en est le recours croissant des assureurs aux formes alternatives de refinancement que sont les obligations catastrophes, «sidecars» et autres titres obligataires adossés à des actifs d’assurance, dont 7,6 milliards de dollars ont été émis en 2013, selon S&P. Ces produits décorrélés et rémunérateurs continueront à rencontrer une forte demande des investisseurs, estime BlackRock. Le premier gérant mondial souligne que les sources de réassurance alternatives feront partie des thèmes dominants pour l’année en cours.
S&P n’est pas le seul à anticiper des difficultés dans le secteur. Le courtier Exane BNP Paribas estime également qu’un «seuil critique» a été atteint: «les conditions favorisant la baisse des prix sont en place depuis 3-4 ans mais ils s’étaient maintenus grâce à la soi-disant ‘discipline’ du marché. C’est du passé; les tarifs ont chuté largement en dessous du niveau du marché américain des obligations catastrophes», expliquent ses analystes, qui s’attendent à ce que les effets se fassent principalement sentir en 2015, les souscriptions anciennes pouvant amortir la baisse en 2014. «Si les sinistres atteignent un niveau maîtrisé, comme en 2013, les bénéfices resteront élevés et exerceront une pression supplémentaire sur les prix», poursuivent les analystes, qui ont réduit leurs estimations de bénéfices par action pour 2015 de 2% pour Hannover Re, 3% pour Munich Re et Swiss Re et de 5% pour Scor.
S&P anticipe également une aggravation de la situation en 2015. Avec des réductions de tarifs de 3% à 8% et un budget moyen de catastrophe naturelle pesant 10 points de ratio combiné, l’agence prévoit un ratio combiné moyen compris entre 95% et 100% en 2014 et entre 98% et 104% en 2015.
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