Les normes brouillent la lecture des comptes des assureurs
Depuis quatre ans, Mazars se penche sur la communication financière d’un panel de 13 compagnies d’assurance européennes face à l’homogénéisation voulue par les normes comptables IFRS et les futures règles prudentielles de Solvabilité 2. Mais le cabinet d’experts-comptables constate qu’en dépit des efforts des assureurs, des obstacles font apparaître les limites de la réglementation.
Comme Mazars l’avait constaté dans l’édition 2011, les normes comptables produisent des interprétations très variées qui rendent difficiles les comparaisons entre groupes, ce qui est pourtant l’une des raisons d’être de tout effort d’harmonisation. Deux sujets sensibles continuent de retenir l’attention: les écarts d’acquisition (ou goodwill) et les actifs financiers.
Concernant la recouvrabilité des goodwills, «les exigences de la norme sont globalement respectées par la majorité des acteurs», note le cabinet. Ce dernier souligne par exemple que huit assureurs du panel communiquent des informations lorsqu’ils modifient les hypothèses dans le cadre des tests de sensibilité, contre seulement quatre dans l’étude précédente. Mais il observe «toujours une large diversité dans les choix méthodologiques, le niveau de détail fourni et les valeurs affectées aux hypothèses clés». A titre d’exemple, le taux d’actualisation des goodwills en 2011 concernant les activités italiennes des membres du panel varie entre 7,5% et 12,27%.
Concernant les actifs financiers, Mazars observe là aussi une «hétérogénéité persistante» des critères de dépréciation, tandis que trois membres du panel ne donnent aucune information sur ces critères. Dans le cas emblématique de la dette souveraine grecque, sept groupes n’ont pas communiqué en 2011.
Dans la perspective de Solvabilité 2, le cabinet regrette «une information éparpillée dans les différents supports de communication». Si tous les rapports annuels abordent les problèmes soulevés par la réforme, six ne livrent aucun chiffre. Quant au calcul du capital économique, le fait que les deux tiers utilisent un modèle interne entrave toute comparaison.
Les répercussions dépassent largement le cercle des actuaires et des experts-comptables. «Le manque de transparence dans les comptes et d’harmonisation dans les états financiers dans les groupes d’assurance nous amène à sous-valoriser le secteur en Europe», affirme Philippe Picagne, responsable de la recherche assurance chez CreditSights, invité à la présentation de l’étude.
Plus d'articles du même thème
-
PARTENARIATMétaux stratégiques : l’autre front des tensions géopolitiques
Derrière les 20 % de brut mondial transitant par le détroit d'Ormuz, la crise affecte directement les métaux. La région détient 10 % des capacités de production d'aluminium, exposées à des dommages permanents, et sécurise 40 à 50 % des exportations mondiales de soufre, un intrant indispensable à l'extraction du cuivre et du nickel. -
PARTENARIATIA: où se situent les vraies opportunité d’investissement ?
L’IA crée des goulots d’étranglement techniques qui se transforment en opportunités majeures pour surperformer le marché. -
Prosus estime avoir réussi son virage stratégique
Le conglomérat technologique néerlandais table sur une hausse de son bénéfice par action sous-jacent comprise entre 19% et 28% pour son exercice clos fin mars 2026.
ETF à la Une
Generali Investments va lancer ses premiers ETF actifs en Europe
- Les méga-IPO sont le dernier signe avant-coureur de bulle spéculative
- La France domine toujours le classement des meilleurs masters en finance
- Le pétrole plonge après l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran
- L’assurabilité climatique refait surface dans l’agenda politique
- Accenture ravive les craintes sur l’IA et enfonce Capgemini dans le rouge
Contenu de nos partenaires
-
Tribune libreFrance–Afrique : la fin du pré carré ?
Lors du sommet Afrique-France « Africa Forward » à Nairobi en mai dernier, le président Macron a affirmé que l’ère du pré carré français en Afrique était terminée, « depuis 2017 c’est fini », s’attribuant en quelque sorte cet état de fait. -
Un train de retardPourquoi les trains et réseau ferré de la SNCF sont peu adaptés aux chaleurs extrêmes
La vague de chaleur qui s’abat sur la France met en lumière l’inadaptation d’une partie du réseau ferré, dont la régénération est au cœur d’une future loi-cadre qui peine à être examinée. -
Tribune libreAnthropic, Starlink... : la souveraineté, c’est la règle, pas le pavillon
Depuis Bodin, la souveraineté désigne moins l’autosuffisance que la capacité de fixer la loi et de la faire respecter