Les banquiers privés se repositionnent
Les grandes manœuvres sont engagées dans la banque privée. Alors que la population mondiale des individus fortunés (capacité d’investissement d’au moins 1 million de dollars) a grimpé de 9% en 2012 pour atteindre 12 millions de personnes, selon le rapport sur la richesse dans le monde de Capgemini et RBC, les grands noms du secteur s’adaptent à de nouveaux impératifs économiques et réglementaires. Dernier exemple, Barclays prévoit de réduire d’environ 200 à 70 d’ici 2016 le nombre de pays dans lesquels elle propose une offre de banque privée.
L’établissement britannique rompt ainsi avec la stratégie d’un maillage mondial, fortement consommatrice en ressources, initiée par l’ancien directeur général Bob Diamond. «Nous réduisons la complexité de notre activité, ce qui nous permettra de privilégier la fourniture de services et de produits à des clients dans des zones où nous disposons d’un effet d’échelle», a expliqué Peter Horrel, responsable de Barclays Wealth and Investment Management.
Barclays n’est pas le seul acteur à suivre cette voie. Credit Suisse compte se retirer d’environ 50 marchés à travers le monde d’ici 2014. Et la Société Générale fait l’objet de rumeurs évoquant une mise en vente de son activité de banque privée à Singapour, dans la continuité d’un mouvement entamé à Bahreïn puis poursuivi aux Etats-Unis, au Canada et au Japon.
Il devient difficile pour des établissements tels que Barclays, numéro quinze mondial du secteur selon le classement Scorpio Partnership, de défendre leurs positions. Depuis la crise financière de 2008, la demande de la clientèle pour des stratégies plus prudentes et moins complexes a conduit à une érosion des marges. A cela s’ajoute une pression réglementaire très importante avec des coûts qui se renchérissent.
«Non seulement les règles changent d’un pays à l’autre, mais aussi les implications fiscales, les pratiques de gouvernance, les modèles de produits, les structures de rapport, les systèmes juridiques et les méthodes approuvées de respect de la conformité», souligne le rapport sur la richesse dans le monde en 2013. Enfin, la mise en ordre de «paradis fiscaux», caractérisée par un affaiblissement du secret bancaire et une transparence accrue, affecte surtout le segment supérieur de la gestion de fortune.
L’impact financier sur les sociétés est tangible. Selon Scorpio Partnership, le coefficient d’exploitation du secteur de la banque privée est passé de 63,7% en 2007 à 80% en 2011. De même source, certaines sociétés sur le continent américain consacreraient ainsi jusqu’à un quart de leurs budgets opérationnels à des dépenses liées à la conformité et aux risques.
«Il est difficile d’appliquer à la banque privée la logique industrielle que les grands groupes bancaires ont pu mettre en place dans le retail avec la création d’usines qui dépassent leur cadre domestique», note Cécile Huntzinger, directrice chez Eurogroup Consulting. «Beaucoup de travail a toutefois été engagé ces quatre dernières années pour développer des synergies entre la gestion privée et le retail ou la gestion de fortune et la clientèle corporate / entrepreneurs», ajoute-t-elle.
A travers Rothschild Patrimoine, Rothschild & Cie Gestion se développe ainsi sur le segment du très haut de gamme en s’appuyant sur la banque d’affaires du groupe. Certains acteurs affichent également leur volonté de s’organiser au niveau transnational avec la mise en place de centres d’expertise.
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