«Les banques optimisent le recours à la VaR»
Article original : La VaR at risk
Chaire / Centre de recherche : Département d’économie, Ecole Polytechnique
Quel constat vous a décidé à étudier l’usage de la VaR (Value at Risk) dans les établissements bancaires ?
Le point de départ de notre recherche est le constat que les banques ont plusieurs activités et que chacune calcule indépendamment sa VaR à des fins de couvertures : afin de déterminer le montant à provisionner pour faire face à ses engagements (une VaR dont le niveau de confiance est de 99% indiquant que le risque de faire faillite sur un horizon de temps donné est de 1%). Mais la VaR du risque agrégé d’un établissement bancaire n’est pas la somme des VaR des risques qui le composent.
Une banque peut-elle en profiter pour minimiser ses fonds propres ?
Une institution qui veut jouer avec le système le peut. L’article étudie la stratégie optimale d’une institution pour minimiser ses capitaux de couverture sans diminuer son risque économique. Organisée sous la forme d’une holding, ses différentes filiales ont une existence juridique indépendante : chacune doit avoir ses propres fonds propres pour couvrir ses risques. Aussi, elle peut créer autant de sociétés qu’elle veut pour ne pas modifier son risque agrégé. Un montage financier permet de minimiser la somme des capitaux à mobiliser, à risque économique constant : les filiales peuvent en effet passer des contrats entre elles pour s’assurer mutuellement. Le risque global n’a pas changé, et pourtant, la VaR de chacune des filiales individuellement est réduite : elles peuvent même afficher une VaR nulle.
En pratique, observez-vous que ces pratiques ont cours ?
Nous ne prétendons pas décrire exactement la réalité mais on a assisté ces dernières années, notamment via les dérivés de crédit, à un véritable saucissonnage du risque. La probabilité de réalisation d’événements graves a été réduite, mais leur gravité est devenue beaucoup plus importante. Or, la VaR a été imposée par Bâle II aux banques comme outil de pilotage de leurs fonds propres. Donc l’une des raisons de réviser Bâle II est que cette directive ne prend pas en compte la gravité des défauts. Aujourd’hui, on regarde de plus près le 1% de risque, les queues de distribution et les corrélations.
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