Les banques françaises prises en tenaille entre leur modèle et le risque euro
Ces derniers mois, les investisseurs donnent le sentiment d’avoir réservé aux banques françaises un traitement particulier. Par exemple, le rapport entre la valeur boursière et les bénéfices (PER) des banques françaises est nettement inférieur à la moyenne des établissements européens comparables: la capitalisation de BNP Paribas représente ainsi 3,48 fois ses bénéfices, contre un PER moyen en Europe de 6,57, selon les données Bloomberg. Celui de la Société Générale est moins élevé encore (3,31).
Les actions des établissements français traitent à des niveaux de décote très importants par rapport à leur valeur comptable. Leurs ratios price/book sont tous inférieurs à 0,5 (0,41 pour BNP Paribas, 0,38 pour Natixis, 0,28 pour la Société Générale et 0,25 pour Crédit Agricole SA), contre une moyenne européenne de 0,53 pour 16 établissements européens aux capitalisations les plus proches. De tels niveaux de valorisation impliquent que les investisseurs considèrent comme quasi nulle la valeur des actifs de dette souveraine grecque, voire italienne et espagnole.
Cela dit, «il existe plutôt une méfiance spécifique vis-à-vis de la zone euro en général. Au sein de celle-ci, les pays ayant souffert de la crise strictement financière, comme l’Irlande et l’Espagne, bénéficient de plus d’indulgence de la part des marchés de dette que les pays aux perspectives macroéconomiques plus sombres, comme l’Italie notamment. La capacité de chaque Etat à soutenir ses banques, rapportée à ses finances publiques est également prise en compte», note Pierre Flabbée, analyste chez Kepler Capital Markets.
Ceci se retrouve dans les CDS (contrats de protection contre le risque de défaut), qui affichent ainsi des écarts significatifs avec la concurrence. Celui de la Société Générale affichait 423 points de base hier (+56), celui de BNP Paribas 313 pb (+47) et celui du Crédit Agricole 307 pb (+32). Des niveaux nettement supérieurs à ceux de Deutsche Bank (211 pb) ou même de l’italienne Unicredit (278 pb).
Car un autre élément entre en ligne de compte dans la perception du marché: la manière dont les acteurs génèrent leurs revenus, avec le poids de la BFI, est aussi sanctionnée. «Les modèles des banques françaises, notamment SocGen et BNP Paribas, reposent sur des activités de transformation, nécessitant un levier important, supérieur aux espagnoles par exemple, axées sur les activités de détail», illustre un analyste.
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