Les banques françaises avancent sur une ligne de crête
La faible profitabilité du secteur est entamée par la crise sanitaire, mais les assouplissements prudentiels redonnent du souffle aux établissements, juge l’ACPR.
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Amélie Laurin
Plus solides mais moins rentables. Une décennie après la crise financière de 2008, les banques françaises ont des marges de manœuvre limitées. «Les résultats du premier trimestre 2020 portent déjà la trace des difficultés économiques et du choc sur les marchés financiers», a constaté jeudi matin François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, lors de la présentation du bilan annuel de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).
Si le confinement en France a débuté deux semaines seulement avant la clôture des comptes, fin mars, «les résultats trimestriels des quatre premiers groupes bancaires français (BNP Paribas, Société Générale, groupe Crédit Agricole et groupe BPCE) voient notamment la baisse de leur produit net bancaire (PNB) de 4,8% ainsi qu’une augmentation de 130% de la charge du risque et en conséquence une diminution de leur résultat net de près de 50% par rapport au premier trimestre de l’année précédente», poursuit le banquier central, qui préside l’ACPR.
Banques américaines deux fois plus profitables
«Ces évolutions se retrouvent dans les autres pays» européens, mais les niveaux de rentabilité du secteur font le grand écart. A fin 2019, les établissements tricolores atteignaient un rendement des fonds propres (RoE) moyen de 6,5% seulement. «C’est un point de vigilance qui pèse sur les valorisations boursières», indique le gouverneur. La rentabilité des banques sous sa supervision est légèrement supérieure aux 5,6% de la zone euro et de l’Italie.
Les Espagnoles et les Néerlandaises font mieux, tandis que les Allemandes restent le mauvais élève avec un RoE moyen de -0,2%. Les banques américaines sont «en moyenne deux fois plus profitables» (avec un rendement de 11,2% l’an dernier) grâce à un marché unique plus concentré, souligne François Villeroy de Galhau, qui appelle toujours de ses voeux les fusions transfrontalières, au point mort en Europe.
Moins d’exigences de fonds propres
Pour le moment, l’Autorité bancaire européenne estime l’impact de la crise sur les banques de l’Union européenne «entre 230 et 380 points de base de ratio de capital CET1» (soit 2,3 à 3,8 points de pourcentage). Les régulateurs du continent ont lâché du lest, en desserrant des contraintes prudentielles. «Ceci représente un abaissement temporaire du ratio minimum de capital requis d’environ 3 points de pourcentage pour les banques françaises», souligne François Villeroy de Galhau.
Cette baisse, de 2,75% précisément, est liée à la suppression du coussin contracyclique français pour 0,25% et à l’assouplissement du SSM (mécanisme de supervision bancaire) pour le coussin de conservation du capital de 2,5 %. Le niveau requis est désormais de 8%, auxquels s’ajoutent le P2R (ratio de fonds propres requis par le superviseur) de chaque établissement et le coussin systémique pour ceux qui sont concernés, détaille l’ACPR. Cette nouvelle norme a par exemple permis à Natixis de réviser son objectif de CET1 de 10,2% en 2020-2021, contre 11,2% précédemment.
Pas de recapitalisation massive
«Nous entendons parfois que le relâchement (des règles) est indu. Au contraire, c’est l’esprit même de la réglementation Bâle 3 que de les utiliser maintenant à des fins contracycliques», juge François Villeroy de Galhau. Grâce aux exigences croissantes des années passées, les banques françaises affichaient un ratio CET1 de 14,4% en moyenne fin décembre, contre 5,8% en 2008. Depuis, elles ont amassé 200 milliards de capitaux supplémentaires, pour atteindre 340 milliards d’euros de fonds propres durs.
«Pour la plupart des banques, leur ratio de fonds propres leur permet de faire face à ce choc (économique)», estime le gouverneur de la Banque de France, qui balaie l’idée d’un soutien coordonné du secteur. En début de semaine, le président de l’EBA, José Manuel Campa, avait évoqué la possibilité d’«une recapitalisation de précaution sur le modèle du TARP», le programme créé par les Etats-Unis pour sortir de la crise de 2008.
NatWest et Santander ont émis des obligations subordonnées Additional Tier 1 (AT1) remboursables par anticipation seulement après 10 ans, au lieu des 5 ans habituels. Pour les banques, cela repousse les échéances de leur refinancement. Pour les investisseurs, les risques de dépréciation et de non-remboursement à date de «call» augmentent.
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