Les banques de Wall Street torpillent une partie de la loi Dodd-Frank
Jamie Dimon et ses pairs peuvent crier victoire. Les grandes banques de Wall Street ont profité du vote du budget fédéral à la Chambre des représentants et au Sénat américain pour torpiller l’une des dispositions de la loi Dodd-Frank qui pénalisait leurs activités sur dérivés. Un lobbying gagnant auquel le directeur général de JPMorgan s’est prêté personnellement.
La loi Dodd-Frank de 2010 devait obliger les banques à loger leurs activités de swaps dans des filiales ne bénéficiant pas de la garantie publique sur les dépôts. L’idée des régulateurs était de protéger le contribuable contre tout accident dans ces activités, toujours possible comme l’a montré l’affaire de la «Baleine de Londres» chez JPMorgan en 2012. Les banques, qui ont pointé le coût de cette mesure en termes de fonds propres et donc pour le client final, ont réussi à la faire sauter dans le volet dépenses du budget, grâce à un amendement introduit quelques jours seulement avant le vote.
La manœuvre a fait hurler une partie des rangs démocrates, où 21 sénateurs ont voté contre le budget. «Il n’y a jamais eu d’auditions ou de discussions sur cet amendement. Il a été littéralement écrit par les lobbyistes de Citigroup. Et pour être sûr que tout le monde comprenait, Jamie Dimon a appelé personnellement des membres de la Chambre», s’est insurgée lundi Elisabeth Warren, démocrate membre de la commission bancaire du Sénat, à l’antenne de National Public Radio. «Une demi-douzaine des plus grandes institutions financière de ce pays veulent pouvoir prendre des paris plus risqués, et si cela ne fonctionne pas, que l’argent du contribuable américain les renfloue», s’est-elle étranglé.
Le coup a été préparé longtemps à l’avance. En 2013, l’administration Obama aurait songé à négocier avec les Républicains la suppression de la mesure Dodd-Frank sur les swaps, en échange d’un soutien à la réforme du financement du FMI. Une ouverture qui n’a pas échappé au secteur bancaire. Celui-ci a relancé le dossier cette année lors de discussions sur la hausse du budget des régulateurs, SEC et CFTC, en ayant l’habileté de faire monter au front les puissantes banques régionales.
Le lobbying gagnant de Wall Street est aussi affaire de moyens: l’industrie financière a été le premier contributeur des dernières élections de novembre aux Etats-Unis, selon le Center for Responsive Politics, avec 169 millions de dollars. Les candidats républicains en ont empoché les deux tiers pour leur campagne.
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