Les banques américaines ont manqué de souffle au troisième trimestre
Les résultats à fin septembre, dont la publication débute aujourd’hui, devraient porter moins de provisions, sans profiter d’un bond significatif du trading comme au premier semestre.
Publié le
Amélie Laurin
JPMorgan a déjà abaissé d’un milliard sa prévision de revenus nets d’intérêt cette année.
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Photo JPMorgan Chase.
Après l’annonce mi-septembre d’un maintien des taux historiquement bas de la Réserve fédérale (Fed) jusqu’en 2023 au moins, et à quelques semaines de l’élection présidentielle américaine, les investisseurs vont scruter les moindres signes d’optimisme dans les banques américaines. JPMorgan et Citi ouvrent le bal des résultats du troisième trimestre ce mardi, suivies par leurs compatriotes mercredi et jeudi. Le recul des performances devrait être globalement moins marqué qu’au premier semestre, mais il pourrait creuser encore un peu plus les écarts entre les acteurs. Le bénéfice à fin septembre de JPMorgan et Bank of America, les deux leaders (en total de bilan), pourrait diminuer de 30% sur un an selon le consensus Refinitiv, tandis que la chute pourrait atteindre 60% chez Citi et Wells Fargo, plus affectées par la crise sanitaire et la baisse des taux de la Réserve Fédérale (Fed). Morgan Stanley et Goldman Sachs, moins exposées aux activités de banque commerciale, pourraient limiter la casse avec un résultat net en repli de 5% à 10%.
Principal marqueur de la crise sanitaire et économique, les nouvelles provisions pour risques de crédit du secteur devaient être bien inférieures aux montants colossaux enregistrés à fin mars et fin juin. Le coût du risque sur les portefeuilles de prêts a grimpé de 111 milliards aux Etats-Unis cette année, à 223 milliards de dollars (189 milliards d’euros), soit un niveau proche de celui observé lors de la crise financière de 2008-2009, selon la Fed. Alors que la récession devrait être finalement moins forte en 2020 qu’anticipé cet été, reste à savoir si les banques se risqueront à prédire des reprises de provisions dans un avenir proche, ou si elles doucheront les attentes des investisseurs.
Rallye boursier
Depuis quelques semaines, les établissements américains ont vu leurs cours de Bourse reprendre de la vigueur (+15% pour le KBW Bank Index depuis le point bas du 23 septembre), à un rythme plus soutenu que le rallye du S&P 500 (+9%), et sous l’effet de la légère remontée des taux américains à 10 ans. Mais leur secteur affiche encore un repli de 30% depuis le début de l’année, contre une hausse de 9,5% pour l’indice phare de Wall Street.
Le troisième trimestre devrait confirmer l’entrée des acteurs dans une ère de taux durablement bas. JPMorgan a déjà abaissé d’un milliard sa prévision de revenus nets d’intérêt cette année, à 55 milliards de dollars, après avoir atteint 57 milliards l’an dernier. Outre les taux plancher de la Fed (0 à 0,25%), l’activité de transformation des établissements est aussi mise à mal par les remboursements anticipés de crédits immobiliers et la baisse de la production de nouveaux crédits auto ou liés aux cartes de paiement. Malgré la levée de la majorité des mesures de confinement outre-Atlantique, les prêts à la consommation ont encore reculé au troisième trimestre de 3% sur un an dans les grandes banques américaines, selon la Fed. Une mauvaise nouvelle pour Goldman Sachs, qui a présenté en janvier dernier un plan de développement axé sur sa jeune division de banque des particuliers, dont elle vient de changer les dirigeants.
Trimestre de transition
La baisse de régime est aussi notable dans les activités de marchés, qui devraient moins jouer le rôle de balancier observé ces derniers mois. Après l’intense activité qui a suivi le krach boursier du mois de mars et des mesures accommodantes de la Fed, les analystes anticipent des revenus de trading en hausse plus mesurée au troisième trimestre, dans une fourchette comprise entre +5% en rythme annuel, comme annoncé chez Bank of America, à 20% chez JPMorgan… qui a écopé fin septembre d’une lourdeamendede 920 millions de dollars pour manipulation de marché.
Ce trimestre de transition pourrait aussi déboucher sur des annonces de réduction de coûts additionnelles, par exemple chez Wells Fargo. Ou sur de nouveaux virages stratégiques. Morgan Stanley a ainsi dévoilé il y a quelques jours l’acquisitiondu gestionnaire d’actifs Eaton Vance pour 7 milliards de dollars. Un mouvement destiné à renforcer sa présence auprès des investisseurs particuliers, après le rachat du courtier en ligne E*Trade, tout juste bouclé.
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