Les autorités américaines s’emparent du cas JPMorgan pour envoyer un message

Malgré une sanction de 13 milliards de dollars, la banque resterait exposée à un risque pénal. De quoi susciter l’inquiétude chez les rivales
Antoine Duroyon

Au moins sept agences fédérales, plusieurs Etats américains et deux pays étrangers ont une cible commune : JPMorgan. Pour atténuer la pression, la banque de Wall Street songe à acquitter une pénalité record. Selon la presse anglo-saxonne, un accord préliminaire a été conclu en fin de semaine dernière avec le ministère de la Justice.

Un montant de 13 milliards de dollars est évoqué, à mille lieues des premières estimations. Encore faut-il souligner que malgré cette transaction hors norme, le groupe bancaire mettrait seulement un terme aux poursuites civiles et resterait exposé à un risque pénal. Une telle issue ouvrirait par ailleurs la voie au lancement d’actions de groupe.

L’accord, qui n’est pas encore finalisé, concerne en grande partie des griefs relatifs à la commercialisation de prêts subprimes par Bear Stearns et Washington Mutual, deux établissement que JPMorgan a pu racheter à prix cassé en 2008 avec le soutien des régulateurs américains. Des crédits notamment vendus aux deux agences de refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, ce qui justifie la présence dans ce dossier de la Federal Housing Finance Agency (FHFA).

De quoi nourrir un sentiment d’injustice au sein de la banque, ce qui contribuerait à expliquer le maintien de Jamie Dimon, l’indéboulonnable PDG, rapporte le Wall Street Journal. Toujours est-il que l’impact financier est déjà colossal. La banque a provisionné 23 milliards de dollars au titre du risque juridique et s’attend à ce que des «pertes raisonnables éventuelles» dépassent ce montant de 5,7 milliards de dollars. Une telle ardoise effacerait six trimestres de bénéfices...

Selon le récit qui en est fait dans les colonnes du New York Times, Jamie Dimon aurait demandé vendredi lors d’un ultime entretien téléphonique avec les négociateurs du département de la Justice : «Que faut-il faire pour en finir ?». En acceptant sur le principe un tel montant, Jamie Dimon est sur le point de créer un cadre de résolution que les autorités américaines ne manqueront pas de souligner lorsqu’elles s’attaqueront à d’autres grands noms de Wall Street.

La FHFA réclamerait ainsi 6 milliards de dollars à Bank of America. En revanche, le gouvernement s’est probablement privé d’un outil de gestion des crises en ôtant l’envie à toute banque saine de reprendre des activités en difficulté.

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