Les actionnaires de Deutsche Bank mettent la pression sur la direction
L’assemblée générale de Deutsche Bank a comme attendu été houleuse. Moins d’un mois après la présentation d’un nouveau plan stratégique jugé décevant, le remaniement de dernière minute du directoire présenté mercredi soir n’avait de fait pas calmé l’ire des actionnaires. Relayé par Reuters, un représentant d’Union Investment, l’un des 20 premiers actionnaires, avait donné le ton peu avant l’AG en déclarant se demander «si la direction actuelle est encore capable de diriger l’entreprise».
L’équipe de direction de la banque allemande est ainsi ressortie affaiblie du vote consultatif de confiance proposé aux actionnaires. Avec 61%, il s’agit du plus faible score enregistré depuis plus de dix ans. En 2014, elle avait été soutenue par 89% des actionnaires. Accusé de faux témoignage dans le procès lié à l’affaire de l’effondrement de l’empire de Leo Kirch en 2002, qui s’ajoute à l’amende record dans le scandale de la manipulation du Libor, Jürgen Fitschen, co-président du directoire, a bien tenté de faire amende honorable. «Nous n’avons pas assuré, pour l’instant, le retour sur investissement que vous attendiez et méritiez», a-t-il concédé au tour début de l’AG.
Hormis le départ du parton du Royaume-Uni, Colin Grassie, et du responsable de la banque de détail, Rainer Neske, l’évolution du directoire ressemble en effet davantage à un jeu de chaises musicales. Elle doit renforcer les pouvoirs de l’autre co-président, Anshu Jain, qui aura la responsabilité de la réorganisation et du plan d'économies de 3,5 milliards d’euros, et marginalise Jürgen Fitschen, qui perd la main sur les cessions d’actifs. Seule évolution notable, le digital est comme prévu replacé au cœur de la stratégie en étant confié à Henry Ritchotte, le directeur des opérations.
«Le remaniement ne va pas assez loin», a indiqué jeudi le proxy Hermes Equity Ownership, relayé par Reuters, tout en concédant que certains aménagements allaient dans le bon sens. Le cabinet ISS avait de son côté recommandé que les actionnaires retirent leur soutien à la direction.
Conséquence du remaniement à la tête de Deutsche Bank, dont le titre a chuté de 6,1% depuis l’annonce du nouveau plan stratégique, c’est désormais à Anshu Jain qu’incombera la responsabilité de présenter, d’ici la fin juillet au plus tard, le détail de la nouvelle feuille de route de la banque. «Anshu Jain a désormais 12 à 18 mois pour tenir parole», a averti un actionnaire.
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