Le marché sanctionne le surplus de provisions des banques espagnoles

Les analystes estiment pourtant que le plan annoncé vendredi sera positif à moyen terme en favorisant la transparence dans les bilans bancaires
Antoine Landrot

Les banques espagnoles sortent leurs calculettes, après l’annonce par le gouvernement Rajoy vendredi dernier de la seconde réforme du secteur. Les 30 milliards d’euros de nouvelles provisions demandées pour couvrir les 123 milliards d’encours de créances immobilières non douteuses – qui s’ajoutent aux 53 milliards déjà exigés en février – portent le taux de couverture total des prêts immobilier de 31% à 45% et celui des prêts non douteux de 7% à 30%.

Santander passera ainsi 2,7 milliards d’euros avant impôts de charges supplémentaires, tandis que le montant atteint 1,8 milliard d’euros chez son grand rival BBVA. Numéro un sur les prêts immobiliers en Espagne, Bankia, né de la fusion de plusieurs caisses fin 2010 et partiellement nationalisé cette année, mesure ses besoins de provision à 4,7 milliards.

Tel un malheur qui n’arriverait jamais seul, la Banque d’Espagne a dévoilé hier le montant des emprunts des banques espagnoles à son guichet au mois d’avril – confirmant le fait que le système bancaire reste dans un état très fragile. Ce montant a progressé de 16% à 42,2 milliards d’euros – cumulant 263,5 milliards depuis le début de l’année.

En conséquence, les titres de ces banques se sont effondrés à la Bourse de Madrid: Santander a chuté de 3% (à 4,7 euros), BBVA de 3,7% (à 5 euros) et Bankia de 8,9% (à 0,18 euros). «Notre scénario central demeure un taux de couverture total de 60% [pour l’ensemble des créances immobilières]. Pour le moment, le gouvernement espagnol ne peut probablement pas se permettre de dépasser 45%; il se peut qu’il soit en train de gagner du temps dans l’espoir d’une recapitalisation par l’EFSF ou de toute autre action de la Commission européenne», écrit Carlo Tommaselli, analyste à la Société Générale.

Dans ce contexte, «Santander apparaît plus solide en raison d’un taux de couverture de 52%, contre 45% pour BBVA. Selon notre scénario, nous estimons que le déficit en capital atteint 4,8 milliards d’euros pour BBVA et 4,3 milliards pour Santander», poursuit-il, justifiant ainsi la dégradation de sa recommandation sur BBVA à «vendre», contre «conserver».

Mais au-delà de la réaction à court terme du marché, le plan annoncé vendredi pourrait se révéler positif en termes de transparence. «La principale bonne nouvelle concerne l’évaluation par des tiers indépendants de l’ensemble des créances conservées dans le bilan des banques», indique Matteo Ramenghi, analyste chez UBS.

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