Le Luxembourg pénalise KBC en l’empêchant de céder sa banque privée
Un serpent de mer a fait surface hier, au grand dam de KBC. Le groupe de services financiers bruxellois a en effet indiqué qu’il ne sera pas autorisé par les autorités européennes à céder à l’indien Hinduja son activité de banque privée KBL European Private Bankers (KBL EPB). La Commission de surveillance du secteur financier (CSSF), autorité luxembourgeoise de contrôle de la cible, a fait savoir qu’elle interrompait la procédure d’approbation de la transaction, étant persuadée que cette procédure, menée en coordination avec les autorités des neuf autres Etats concernés (l’opération englobant notamment KBL Richelieu en France), aurait abouti à un refus.
Un coup d’arrêt qui a surpris le marché, même si les spéculations allaient bon train quant au devenir d’une opération de 1,35 milliard d’euros annoncée il y a dix mois, en mai 2010. Les motivations de la sentence de la CSSF restent mystérieuses. Un porte-parole de l’autorité, contacté par L’Agefi, n’a pu que confirmer la teneur du communiqué de KBC, qui évoque en termes sibyllins «l’application des critères prévus par la loi sur le secteur financier». La décision met fin à l’une des rares transactions d’un groupe «émergent» sur une cible occidentale dans le secteur financier.
Le directeur général de KBC, Jan Vanhevel, a assuré que ce revers ne saurait remettre en cause la bonne exécution du plan stratégique de réorganisation, engagé fin 2009 sous la férule de Bruxelles. Le groupe belge examinera «dans les prochaines semaines» et en fonction des conditions de marchés les «diverses options possibles» pour KBL EPB. Une porte-parole de KBC a précisé à L’Agefi qu’un nouveau processus de cession n’était que l’une de ces options.
Jan Vanhevel, qui se félicite de l’amélioration de «la qualité des actifs» de KBL EPB au cours des derniers mois (47 milliards d’euros d’actifs sous gestion et 2.522 collaborateurs fin 2010), estime avoir «négocié une flexibilité suffisante avec la Commission européenne» pour mettre en oeuvre les «désinvestissements dans les meilleures conditions possibles».
Mais les analystes de KBW calculaient déjà hier les conséquences de cet échec. Ils jugent peu probable que le groupe belge obtienne pour l’activité un prix équivalent à celui offert par Hinduja, à 2,9% des encours. Et le retard d’un an pris sur le remboursement de l’Etat pourrait coûter 110 millions d’euros de frais financiers supplémentaires à KBC.
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