Le financement des banques européennes fait trembler les marchés

Tensions interbancaires, moindres liquidités en dollars, hausses brutales des recours à la BCE... Les signaux négatifs se multiplient
Florent Le Quintrec

Un mois cauchemardesque pour les banques européennes. La perte du «AAA» américain, les résultats décevants et surtout les craintes sur leur capacité à se financer ont précipité leur dégringolade boursière en août.

Dans l’ordre des pires performances entre le 1er et le 18 août, on retrouve RBS (-40,6%), Société Générale (-38,9%), Deutsche Bank (-30,1%) et BNP Paribas (-27,7%). BNP Paribas a ainsi vu 15,2 milliards d’euros de capitalisation boursière disparaître et Société Générale 10,5 milliards.

La note de la première puissance mondiale ayant été abaissée, les investisseurs ont été pris de panique à l’idée que des Etats européens suivraient et ont concentré leurs inquiétudes sur leurs banques dont l’accès à la liquidité serait dès lors compromis. Si analystes et régulateurs refusent en majorité de céder à la panique sur cette question, le marché reste sceptique et plusieurs signaux sont venus récemment alimenter ses doutes.

Le 11 août, l’agence Reuters a rapporté qu’une banque asiatique avait coupé ses lignes de crédit aux banques françaises et que cinq autres revoyaient les leurs, semble-t-il par crainte des risques de contreparties. Une observation confirmée quelques jours plus tard lorsqu’une étude Bloomberg a montré que les fonds monétaires américains ne finançaient plus les dettes bancaires espagnoles et italiennes et qu’ils avaient réduit de 10% sur un an leurs avoirs sur les banques françaises à fin juillet. Selon Fitch, les banques européennes les plus dépendantes au financement en dollars sont Deutsche Bank, Société Générale, BNP Paribas, ING, UBS, Barclays et Crédit Agricole. Bien que la BCE ait indiqué qu’elle mettrait des liquidités à disposition des banques, l’annonce le 17 août qu’une banque non identifiée avait demandé une facilité de 500 millions de dollars auprès de la Banque centrale européenne (BCE) pour la première fois depuis février a relancé la panique. «Le recours aux dollars de la BCE par une banque ne peut pas être considéré comme un signe définitif de tension, mais il envoie un avertissement clair qui mérite une attention particulière», estime RBS.

Autre signal négatif, la Réserve fédérale (Fed) a annoncé jeudi qu’elle avait fourni 200 millions de dollars de liquidité à la Banque Nationale Suisse (BNS) via ses lignes de swap au cours des sept jours écoulés. Durant cette semaine, la BNS fut la seule institution à effectuer cette demande. Les premières banques du pays UBS et Credit Suisse ont affirmé le lendemain qu’elles n’avaient pas eu recours à cette facilité de swaps.

Inquiets de voir les banques manquer de liquidités en dollars, le régulateur américain a renforcé, selon le Wall Street Journal, son examen des filiales américaines des banques européennes pour s’assurer qu’elles puissent maintenir leurs activités outre-Atlantique. Une information nuancée par le président de la Fed de New York qui a déclaré que les banques européennes n’étaient pas davantage surveillées que les banques américaines.

Les dépôts et emprunts à 24h auprès de la BCE, de par leurs variations brutales, ont également contribué à noircir le tableau. Le 11 août, les demandes de prêts à 24h ont atteint 4,06 milliards d’euros contre 147 millions la veille. Une nouvelle hausse est intervenue le 15 août, pour atteindre 1,26 milliard d’euros avant de retomber à 3 millions le lendemain. Ces à-coups semblent confirmer les tensions sur le marché interbancaire. Une situation également validée par la hausse des dépôts, qui ont augmenté de plus de 8 milliards entre le 17 et le 18 août, signe que les banques de la zone euro préfèrent placer leurs liquidités, faiblement rémunérées (0,75%), auprès de la BCE plutôt que de les prêter à d’autres banques.

Si le marché panique, les analystes estiment que cette réaction est exagérée, arguant que les banques centrales pourront toujours accorder des facilités. Certains, plus rares, avancent toutefois qu’une crise de liquidité reste envisageable.

«Les banques centrales sont mieux préparées [qu’en 2008, ndlr] pour fournir de la liquidité en urgence aux banques, bien que cela soit généralement assorti d’un coût pénalisant. Mais nous observons une crise de financement, plus lente mais néanmoins toxique. Les émissions de dettes des banques ont à nouveau baissé en juillet et août, août se présentant comme le plus faible mois jamais enregistré (4 milliards de dollars d’émissions jusqu’à présent)», note Deutsche Bank. Le broker estime que cela pourrait conduire à de nouveaux programmes de désendettement. «Les banques ont besoin que les marchés de dette rouvrent en septembre, selon nous, pour éviter une telle issue.»

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