Les nouvelles technologies déployées dans les directions financières leur donnent les moyens de « faire parler » la data. Et de se positionner en business partner.
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Hélène Truffaut
Le DAF, maître des données
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Automatisation intelligente des processus ; renforcement des capacités de traitement et d’analyse des données ; optimisation du contrôle interne et du pilotage des risques... Dans l’un de ses récents cahiers techniques*, la DFCG (Association nationale des directeurs financiers et de contrôle de gestion) fait le point sur les enjeux des technologies de la « finance 4.0 », au premier rang desquelles figurent la robotic process automation (RPA), le big data et l’intelligence artificielle (IA). Une révolution ? « Plutôt une nouvelle évolution d’un mouvement enclenché dans les années 1980-1990, avec la mise en place de progiciels de gestion intégrée (PGI), sur lesquels est venue se greffer une couche de décisionnel », relate Denis Molho, conseiller technique du groupe SI et digital de la DFCG et associé fondateur du cabinet DME Performance. Dans les directions financières, les tâches répétitives sont progressivement automatisées. Et « l’arrivée récente des technologies ‘big data’ et d’IA, soutenues par une architecture ‘cloud’, permet d’exploiter en temps réel des données externes volumiques et non structurées, et de mettre en évidence des liens de cause à effet qui vont aider au pilotage stratégique de la performance ».
Matière première immatérielle
Le secteur bancaire est particulièrement concerné par cette mutation. « Les directions financières, souvent en première ligne des démarches de réduction de coûts, sont probablement celles qui se sont le plus transformées, impulsant ensuite cette dynamique à toute l’organisation », note Christophe Desgranges, associé responsable des services financiers chez PwC France. S’il est urgent, dans toutes les entreprises, d’intégrer l’usage de la data dans les pratiques quotidiennes, estime la DFCG, les banques, assises sur des masses considérables de données, ont déjà les « mains dans le cambouis ». « Notre matière première est immatérielle et, parallèlement au développement de la digitalisation, la manière d’exploiter la donnée est devenue stratégique, développe Marie-Agnès Huguenin, secrétaire générale de la direction finances groupe de Crédit Agricole SA. L’inflation de ‘reportings’ demandés par le régulateur et ce, dans un cadre réglementaire extrêmement changeant, nous oblige à la gérer de manière industrielle. De fait, les techniques ayant le plus d’incidences à court terme concernent l’automatisation et la RPA. » « Mais, ajoute-t-elle, le rôle du directeur financier est aussi de procurer les ressources nécessaires à la vie de l’entreprise et la banque a un besoin croissant de modélisation pour mettre en œuvre des modèles prédictifs autour des comptes de résultats et de bilan. » Crédit Agricole SA se veut cependant pragmatique : « Nous sommes attentifs au développement de l’intelligence artificielle, mais ce n’est qu’un outil parmi d’autres. Dans la banque, l’un des grands enjeux actuels concerne la structuration des données. » Les fonctions finance doivent en effet se préoccuper de la qualité et de la gouvernance de la donnée, que celle-ci relève directement de leur responsabilité (données comptables, financières, relatives à la conformité, à la confidentialité, à la fraude ou au piratage) ou non (rentabilité, satisfaction client...), explique la DFCG, qui pointe l’importance du master data management (MDM), « processus consistant à créer un lieu unique pour les données de référence de l’entreprise ».
Du temps pour l’analyse
Ce qui est sûr, c’est que l’automatisation des tâches routinières rébarbatives et les nouveaux outils de « mise en forme » de l’information (reconnaissance et génération automatique de textes, data visualisation... ) libèrent un temps précieux. De quoi permettre aux directions financières de se consacrer davantage à l’analyse et à l’aide à la décision, comme le souligne Xavier Lofficial, directeur financier délégué du groupe Société Générale, qui y voit un retour aux fondamentaux (lire ci-contre). « On demande aux directeurs financiers et aux contrôleurs de gestion d’avoir un regard plus acéré sur l’avenir », confirme Denis Molho. Un repositionnement au service de la direction générale et des opérationnels métier qu’observe également Denis Marcadet, président du cabinet de chasse de têtes Vendôme Associés : « Les attentes à l’égard du DAF ont évolué depuis une dizaine d’années. La fonction, qui conserve par ailleurs tous ses attributs ‘régaliens’, est devenue clé dans l’accompagnement des projets stratégiques de l’entreprise, qu’il s’agisse de déploiements de nouveaux outils, de recherches de financements, etc. »
Outre une connaissance des technologies et de la gestion de données, les DAF et les contrôleurs de gestion doivent donc être à même de dialoguer avec tous les métiers. À commencer par l’informatique - le fait que Xavier Lofficial ait précédemment assuré la direction de la transformation, processus et systèmes d’information de la Société Générale n’est d’ailleurs pas un hasard. « Lorsqu’on veut transformer un processus, on le fait en mode agile en constituant une équipe transverse », explique-t-il. « On supprime les silos et, dans ce contexte, les compétences comportementales deviennent essentielles », ajoute Marie-Agnès Huguenin. Dans ce contexte, la déferlante digitale fait-elle maigrir les équipes ? Dans les banques, pour l’instant du moins, elle serait davantage un facteur d’efficacité et de réduction de coûts que de baisse des effectifs. « On fait monter les collaborateurs en compétences sur les nouveaux outils digitaux et on embauche parallèlement des profils un peu différents, dotés d’une expertise plus technologique que strictement comptable », constate Christophe Desgranges. Pour qui cette « via sacra » qu’est la fonction finance a plus que jamais de quoi attirer les jeunes diplômés.
*IA, big data et robotisation : quelle finance 4.0 pour les directions financières ? (Les cahiers techniques, n°30, juillet 2019)
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