Le Crédit Foncier traîne le boulet de son portefeuille de titrisation
Comme en 2011, le Crédit Foncier pourrait ternir la publication des résultats semestriels de BPCE ce soir. Le 14 décembre, le spécialiste du financement immobilier avait dû recevoir une injection en capital de 1,5 milliard d’euros de la part de sa maison mère, officiellement pour éponger les pertes liées à la restructuration de ses 1,2 milliard d’emprunts d’Etat grecs. Celle-ci lui a coûté près de 800 millions avant impôt l’an dernier. Mais l’augmentation de capital avait un deuxième objectif, moins médiatisé: préserver l’établissement d’une dégradation de la qualité de son portefeuille de titrisations, une bombe à retardement pour les fonds propres du Crédit Foncier.
Ce portefeuille, assis sur des créances immobilières ou sur des prêts au secteur public, atteignait 19,7 milliards d’euros fin 2011. Le Crédit Foncier en a amassé l’essentiel entre 2005 et 2007, profitant de ressources de marché peu chères, pour se diversifier alors que son cœur de métier, le financement immobilier en France, était peu margé. L’analogie avec Dexia est frappante, mais trompeuse. «Dexia avait un problème de liquidité. Le Crédit Foncier, lui, a financé ce portefeuille par des ressources longues et a donc plutôt bien géré l’adossement de ses actifs et de ses passifs, confie un ancien cadre dirigeant de l’établissement. En revanche, ces titrisations lui posent un problème de fonds propres.»
Les exigences en capital attachées à ce portefeuille dépendent en effet de la notation de chaque titre. La dégradation des RMBS détenus, notamment ceux qui sont adossés à des créances en Europe du Sud, accroît le besoin en fonds propres du groupe. Comble de malchance, le Crédit Foncier est particulièrement exposé à l’Europe du Sud, région la plus malmenée par les agences de notation: les RMBS espagnols représentent 31% de l’encours total, et les titrisations italiennes 18%. La facture s’accroît alors même que la qualité des créances sous-jacentes n’est pour l’instant pas mise en cause, aucune perte n’ayant été constatée sur ce portefeuille. Un exemple: fin 2011, plus de 5% des parts étaient pondérées à 350% de leur encours, ce qui revient à exiger 28 euros de capital pour 100 euros de titres détenus, contre quasiment aucun l’année précédente.
Au total, l’exigence de fonds propres réglementaires pour la détention de ce portefeuille est passée de 444 millions d’euros fin 2010 à 738 millions fin 2011, bien que dans le même temps, l’encours brut total ait diminué de 1,7 milliard.
Au premier semestre 2012, les besoins en fonds propres se sont aggravés. Par rapport au scénario central élaboré en 2011 lors du renflouement du Crédit Foncier, le rythme de dégradation des notations s’est révélé plus soutenu, confient plusieurs sources.
Selon ces mêmes sources, l’augmentation de capital de 1,5 milliard d’euros a cependant été calibrée pour tenir compte des hypothèses les plus pessimistes, et permettre au groupe de tenir la trajectoire de son plan stratégique 2016.
Le problème, qui a fait l’objet d’un chapitre à part entière dans le document de référence 2011 du groupe, est surveillé comme le lait sur le feu. La banque a décidé en 2011 de gérer ces actifs en extinction, et de les céder lorsqu’elle le peut. Le Crédit Foncier a bien vendu pour 680 millions d’euros en nominal de titres au dernier trimestre 2011, mais il s’agissait de RMBS britanniques et néerlandais, a priori moins menacés. «Sur les autres parts de titrisation, la banque est obligée de vendre avec une forte moins-value et d’amputer ses fonds propres», constate un observateur.
Le groupe devrait cependant annoncer ce soir qu’il a vendu encore pour 1,5 milliard d’euros de titres en valeur nominale au premier semestre, dont certains avec une note très basse. La moins-value a été préférée à la perspective de nouvelles dégradations et de besoins en capital. Reste qu'à ce rythme, le groupe traînera ce boulet pendant plusieurs années encore.
Interpellé sur la question lors d’un comité de groupe début juillet, François Pérol, président du directoire de BPCE, a assuré que le Crédit Foncier restait un actif stratégique ayant toute sa place au sein de la banque. A condition de se recentrer sur la France et de faire des économies. Bruno Deletré, le nouveau patron de la filiale, a annoncé l’arrêt des activités internationales, une baisse de 10% du bilan et une réduction de 12% de la base de coûts, avec 350 suppressions de postes à la clé, le tout à l’horizon 2016. Le prêteur immobilier doit aussi migrer son informatique vers celle des Caisses d’Epargne, IT-CE, et développer des synergies avec les deux réseaux du groupe. Un projet dont il parlait déjà en 1999, lors de son adossement à l’Ecureuil.
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