Le coût de l’assurance santé complémentaire fait débat
La dénonciation, mardi, de la «dérive» des frais de gestion des complémentaires santé, par l’UFC-Que Choisir, est tout sauf un hasard du calendrier. Emmanuel Macron doit en effet confirmer ce mercredi sa promesse électorale de prise en charge à 100% des lunettes, prothèses dentaires et auditives en 2022. Un objectif qui doit être atteint sans augmenter le prix des mutuelles, avait assuré le président de la République durant la présidentielle.
Or c’est précisément le renchérissement de 47% des cotisations des complémentaires santé au cours des onze dernières années, à 688 euros en 2017 en moyenne, que l’association de consommateurs pointe du doigt. Selon l’UFC, qui a passé au crible les documents commerciaux de 29 organismes complémentaires d’assurance maladie (OCAM) et 207 avis d’échéance, les cotisations complémentaires ont progressé trois fois plus vite que l’inflation. Les contrats ont certes subi des hausses de la fiscalité, mais celles-ci justifient moins du tiers de la progression des cotisations, ajoute l’UFC.
Frais de gestion de 20%
Face au constat de la hausse des cotisations, le Centre technique des institutions de prévoyance (CTIP) y est allé de son explication à l’occasion de son bilan annuel 2017.
«Nous sommes dans un schéma où les institutions de prévoyance (IP) accompagnent l’évolution des prestations de santé», a indiqué mercredi Bertrand Boivin-Champeaux, directeur prévoyance et retraite supplémentaire du CTIP. L’association représentatrice des organismes paritaires pointe ainsi que si les cotisations hors taxes ont bien augmenté en moyenne de 3,15% entre 2008 et 2017, les prestations ont pour leur part progressé davantage, avec une croissance moyenne annuelle de 3,41%. Contactée par L’Agefi, la Fédération française de l’assurance (FFA) n’était pas disponible pour réagir.
L’UFC-Que Choisir évoque également la lourdeur des frais de gestion des OCAM, qui ont atteint 7,2 milliards d’euros en 2016, soit 20% des cotisations hors taxes. Au sein des frais de gestion, ce sont les frais d’acquisition (publicité, communication) qui pèsent le plus lourd, avec 2,8 milliards d’euros en 2016, a indiqué Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir, lors d’une conférence téléphonique.
Selon l’association, ce phénomène a été entretenu par «l’illisibilité de bon nombre de garanties santé», qui freine la comparaison des différents acteurs et limite donc le jeu de la concurrence. D’après l’UFC, 80% des OCAM n’utilisent pas le vocabulaire commun défini à l’automne 2010 dans le cadre de leurs engagements d’amélioration de la lisibilité des garanties de santé. L’UFC demande ainsi aux pouvoirs publics «une meilleure transparence» sur les frais de gestion, avec notamment une information sur le taux de redistribution disponible avant la souscription, ainsi que «l’encadrement, par la réglementation», de la lisibilité des offres.
Surcoût de 400 millions d’euros dans le dentaire
Sur ce sujet des frais de gestion, le CTIP souligne de son côté un «coût réglementaire phénoménal» lié à la conformité, et pointe la marge très faible du secteur. «Le mouvement de concentration des groupes paritaires a permis de limiter la hausse des frais de gestion pour certains acteurs», ajoute Bertrand Boivin-Champeaux. Selon la DREES, le résultat technique en santé est ressorti à 0,3% des cotisations collectées hors taxes en 2016, comme en 2015.
L’an dernier, les IP ont déboursé 85 euros de prestations pour 100 euros de cotisations hors taxes, auxquels s’ajoutent 15 euros de frais de gestion. «Nous sommes tout juste à l’équilibre après avoir été dans une zone déficitaire depuis cinq ans. Le rééquilibrage a été fortement perturbé par l’exacerbation de la concurrence liée à la généralisation de la complémentaire santé», pointe Bertrand Boivin-Champeaux. Les cotisations en santé ont augmenté de 3% l’an dernier, quand les prestations ont baissé de 0,2%.
Dans ce contexte, la réforme du «zéro reste à charge» pourrait malgré tout générer des coûts supplémentaires. Selon le CTIP, la prise en charge à 100% des frais dentaires pourrait ainsi représenter un surcoût de 400 millions d’euros pour le secteur de la complémentaire santé. «On n’est pas capable aujourd’hui de présupposer que les cotisations n’augmenteront pas, car cela va vraiment dépendre de la consommation médicale dans les années à venir», avertit Bertrand Boivin-Champeaux.
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