Le CCSF légitime la position tarifaire des assureurs face à Bercy

Alors que Bercy réclame une enquête sur les prix, les hausses prévues reflètent la dégradation de la rentabilité des contrats automobiles et MRH
Antoine Landrot

Après les banques, c’est au tour des assureurs de subir le regard scrutateur du monde politique français. Mais cette agitation pourrait bien se révéler n’être qu’un pétard mouillé. Il y a dix jours, la ministre de l’économie Christine Lagarde a indiqué avoir demandé au Trésor et aux autorités de la concurrence de vérifier le bien-fondé des augmentations tarifaires récentes ou prévues par les assureurs. Chez les mutualistes par exemple, les prix des contrats pourraient en effet augmenter de 1 à 3% en assurance automobile et au minimum de 4 à 5% en multirisques habitation (MRH) en 2011, selon le Groupement des entreprises mutuelles d’assurances (Gema). Pour l’ensemble du secteur, les hausses devraient s’échelonner entre 2% et 5% pour l’auto et entre 3,5% et 9% pour la MRH.

Arguments des professionnels: la multiplication des catastrophes naturelles et l’augmentation du taux de sinistralité. Le Gema déplore ainsi «la hausse du poids des dommages matériels», qui progressent de 3,5% à fin juin par rapport à la même période de 2009.

Si la suspicion domine parmi les députés et à Bercy, le rapport annuel 2009-2010 du Comité consultatif des services financiers (CCSF) légitime les décisions des assureurs. En assurance auto, «l’évolution des cotisations, comparée avec celle des prix à la consommation […], révèle un écart croissant au cours des quinze dernières années […]. L’écart entre les deux indices a atteint 30 points en 2008 et 28 points en 2009», souligne le CCSF. De même, le coût des sinistres a progressé de 6,6% entre 2008 et 2009. Conséquence, le ratio combiné se dégrade de six points (de 102% à 108%).

Même constat en MRH, avec un ratio combiné de 109%. «Le risque est aujourd’hui globalement sous-tarifé, estime Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du cabinet Facts & Figures. Le métier se trouve en situation de perte technique avec les événements climatiques. Une augmentation allant jusqu’à 30% chez certains assureurs serait justifiée.»

D’autant plus que gouvernement n’est pas à une contradiction près. Si les complémentaires santé préparent elles aussi l’augmentation de leurs tarifs, c’est notamment en raison de la nouvelle taxe de 3,5% pour financer la dette sociale… Devant cette situation, l’agence de notation Moody’s a d’ailleurs maintenu la semaine dernière sa perspective négative sur l’assurance française, pointant les «pressions continues sur la rentabilité» des métiers vie et non-vie.

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