L’assurance vie résiste au Livret A et au LDD

La collecte a rebondi en octobre. Les livrets fiscalisés des banques pourraient être les grands perdants
Alexandre Garabedian
La collecte en assurance vie a rebondi en octobre. Illustration L'Agefi.
La collecte en assurance vie a rebondi en octobre. Illustration L'Agefi.  - 

Il n’y a pas eu d’effet de vases communicants entre l’assurance vie et l’épargne réglementée en octobre. La première a en effet connu son meilleur mois de l’année en octobre, avec 1,7 milliard d’euros de collecte nette, alors que sa décollecte nette avait atteint 5,2 milliards sur les neuf premiers mois de 2012. Le Livret A et le Livret de développement durable ayant vu affluer dans le même temps 21,3 milliards, les grands perdants des arbitrages des Français risquent d’être les comptes sur livrets fiscalisés.

Les cotisations mensuelles ont bondi de 32% en un mois à 10,8 milliards, selon les statistiques de l’Association française de l’assurance (AFA). Pour Philippe Crevel, économiste et secrétaire général du Cercle des épargnants, «le climat fiscal a été favorable à l’assurance vie en raison de la hausse des prélèvements sur les comptes sur livrets et les comptes titres», dont l’imposition a été alignée sur le barème progressif de l’impôt sur le revenu.

Pour le Livret A et le LDD, non soumis à l’impôt ni aux prélèvements sociaux, le cadre fiscal explique encore plus sûrement le record d’octobre. Le premier, dont le plafond a été augmenté de 25% à 19.125 euros en attendant un nouveau relèvement de 25% dans les prochains mois, a collecté 7,4 milliards. Le second, en sommeil depuis plusieurs années, a été réveillé par le doublement de son plafond à 12.000 euros. Il a engrangé 14 milliards, soit une hausse de 20% de son encours. Il faut dire que 6,6 millions de LDD étaient déjà au plafond de 6.000 euros avant le doublement. La tendance devrait se poursuivre, tous les ménages concernés n’ayant sans doute pas encore poussé leur investissement jusqu’aux nouveaux plafonds. «Nous tablons sur une nouvelle hausse des flux entrants (environ 30 milliards d’euros) ces trois prochains mois», écrivaient hier les stratégistes taux de la Société Générale.

Le Livret A et le LDD n’ayant pas ponctionné l’assurance vie, d’où viennent les flux ? «Quand un gouvernement annonce des hausses d’impôt, les Français ont tendance à accroître leur effort d’épargne de précaution», rappelle Philippe Crevel. Le taux d’épargne atteignait 16,5% en France fin juin selon l’Insee, dont 7,2% d’épargne financière.

Pour le reste, des transferts ont dû se faire au détriment de deux produits: les comptes courants, qui ont crû de 40 milliards d’euros environ depuis 2008 pour atteindre 287 milliards fin septembre, et les livrets fiscalisés. Ces derniers affichaient 194 milliards d’euros au compteur en septembre, en hausse de 12% sur un an. Il faudra attendre les chiffres d’octobre de la Banque de France pour vérifier la thèse.

Les banques risquent donc d’être les grandes perdantes de ces arbitrages. Elles ont beaucoup mis en avant les comptes sur livrets et les dépôts à terme pour rapatrier l’épargne de leurs clients dans leur bilan et améliorer leurs ratios de liquidité en vue des normes de Bâle 3. A l’inverse, elles ne conservent en moyenne que 35% du Livret A et LDD. La proportion est supérieure pour les nouveaux réseaux collecteurs et inférieure pour l’Ecureuil et la Banque Postale.

L’Etat, en revanche, sera gagnant: toute hausse de la collecte sur l’épargne réglementée entraîne des flux de couverture contre l’inflation française de la part de la Caisse des dépôts et des banques, «en moyenne deux mois après les flux entrants», indique SG CIB. Pour l’Agence France Trésor, c’est l’assurance de vendre ses OATi à bon prix.

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