La revanche d’un modèle français
L’économie, comme le sport, a ceci de passionnant que les champions du jour sont rarement ceux du lendemain. La glorieuse incertitude s’applique aux bancassureurs, terme forgé en France et qui souligne la spécificité toute tricolore de ce modèle intégré. Dès les années 1970, le Crédit Mutuel, pionnier en la matière, a démontré la pertinence industrielle et financière d’une activité d’assurance logée au sein d’une banque, et le groupe coopératif n’a pas tardé à être imité par ses concurrents. La tornade réglementaire qui s’est abattue il y a une dizaine d’années sur le secteur, et qui risquait de renchérir outre mesure la détention d’une compagnie d’assurances en mettant fin au si précieux « compromis danois », a pourtant menacé un temps ces grands conglomérats. Les acteurs français auraient pu être tentés, comme certains le leur conseillaient, d’adopter la formule répandue chez leurs voisins européens, où les réseaux d’agences se contentent de distribuer les contrats et les polices fabriqués par des usines indépendantes. Ils s’en sont bien gardés, et peuvent aujourd’hui s’en féliciter, tout comme ceux qui ont résisté à la tentation de vendre leurs activités de gestion d’actifs afin de renflouer leurs caisses (lire le dossier page 20).
La faiblesse des taux d’intérêt et des marges, dont on voit mal quand ils pourraient remonter à ce stade du cycle économique, signe la revanche de ce modèle français. Aucune banque, en France, ne peut aujourd’hui atteindre une rentabilité satisfaisante sans compagnie d’assurances puissante, comme l’illustre le contre-exemple de HSBC dans notre pays. Celles qui avaient pris du retard dans ce domaine se sont ingéniées, ces dernières années, à prendre le contrôle total de leur outil de production. Dans la vie et la prévoyance, leur emprise est complète ; dans la branche dommages, un boulevard s’ouvre encore à elles face aux agents généraux et aux mutuelles sans intermédiaires. Cette inexorable montée en puissance, année après année, ne va pas sans poser de douloureux questionnements au sein de la Fédération française de l’assurance, où les arbitrages de la loi Pacte, reflets de ce rapport de forces, ont été diversement appréciés selon la famille d’origine de ses membres.
Remède anti-crise, métier de stocks, vecteur de croissance à l’international, l’assurance constitue aussi pour les banques une autre manière de financer l’économie et de boucler la boucle de la désintermédiation. Elle les expose donc à d’autres formes de risques, comme l’a montré la crise grecque, dont il faudra de plus en plus tenir compte pour apprécier la solidité de l’ensemble. Les régulateurs, les nouveaux usages du consommateur et les innovations technologiques ne manqueront pas non plus d’enfoncer un coin dans ce modèle intégré. Raison de plus pour les banques françaises de pousser aujourd’hui leur avantage.
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