La paralysie stratégique des assureurs européens alourdit la facture de la régulation

Deloitte évalue entre 8 et 9 milliards d’euros le coût direct d’adaptation aux nouvelles réglementations entre 2010 et 2012
Benoît Menou

Le fardeau de la réglementation pèse toujours davantage sur le secteur européen de l’assurance depuis l’avènement de la crise en 2007. Dans une étude publiée hier, réalisée sur la base d’entretiens avec une vingtaine de dirigeants au sein de treize acteurs, Deloitte estime que le coût direct d’adaptation aux nouvelles réglementations pour les quarante principaux assureurs du Vieux Continent, de Solvabilité 2 aux normes IFRS, de la Fatca américaine aux tests de résistance, se situe entre 8 et 9 milliards d’euros entre 2010 et 2012. Soit plus de 200 millions par groupe.

Pour la seule année dernière, le coût total est estimé entre 4,2 et 4,9 milliards (en lien direct avec des règles devant entrer en vigueur entre 2012 et 2015), représentant tout de même un point de rendement des fonds propres (RoE). Associé Assurance chez Deloitte, Francesco Nagari souligne que la «facture (…) devrait se maintenir aux niveaux actuels au moins jusqu’en 2015», l’évolution réglementaire devant être considérée selon l’étude comme une «tendance structurelle».

Pourtant, les témoignages recueillis par Deloitte mettent en lumière que le coût réel d’un environnement réglementaire mouvant et incertain est nettement supérieur aux chiffres ci-dessus. Ces derniers ne peuvent en effet englober le coût indirect d’une certaine «paralysie stratégique». Au-delà du volume de règles, c’est bien leur manque de direction stable qui freine selon les assureurs la prise de décisions cruciales.

Les assureurs interrogés lancent particulièrement un appel aux régulateurs à travers le monde pour travailler dans la même direction à l’échelle nationale et internationale. Francesco Nagari déplore l’attitude attentiste adoptée de fait par nombre d’assureurs qui hésitent à s’engager dans des rachats ou des cessions «car ils ignorent comment ces décisions pourraient être affectées par de nouvelles réglementations».

Le consultant veut croire que les assureurs pourraient «absorber plus efficacement» l’incertitude liée aux nouvelles règles, et ainsi ne pas pâtir de frilosité de court terme, en mettant en place une équipe chargée d’acquérir une vision exhaustive de l’impact de la réglementation et d’inspirer une réponse coordonnée pour l’ensemble du groupe. Peu d’assureurs encore ont mis en œuvre aujourd’hui cette démarche transversale désormais nécessaire.

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