La gouvernance du Crédit Mutuel suscite une poussée de fièvre interne
Si le Crédit Mutuel rejouait les aventures d’Astérix, la fédération bretonne prendrait des airs de village gaulois et prêterait à Michel Lucas les traits de Jules César. La banque connaît en ce début d’année une poussée de fièvre dont les groupes coopératifs ont le secret. En cause: la suppression du poste de vice-président délégué de la Confédération nationale, l’organe central du groupe.
La décision émane de Michel Lucas, le tout-puissant patron de la fédération de Strasbourg et de l’ensemble CM-CIC agrégeant 10 fédérations sur 18. Devenu le 13 octobre 2010 président de la Confédération après le départ d’Etienne Pflimlin, il a décidé d’en modifier les statuts. Une assemblée extraordinaire, où Strasbourg est de facto majoritaire avec ses alliés, a supprimé le 15 février la fonction de vice-président.
Problème: au nom de l’équilibre des pouvoirs, le mandat revenait jusqu’en 2012 à Georges Coudray, président d’honneur d’Arkéa, le deuxième grand pôle du Crédit Mutuel, qui rassemble les fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central. En signe de protestation, ces dernières ont décidé de retirer – provisoirement – leurs six administrateurs.
Ces querelles de clocher prêteraient à sourire si elles ne traduisaient un vrai malaise. Jean-Pierre Denis, président d’Arkéa, dénonce dans une lettre interne dont L’Agefi a eu copie «les graves insuffisances de la gouvernance confédérale», qui «souffre de l’extrême concentration du pouvoir dans les mains d’un seul homme, (…) de l’indigence des débats internes et de l’absence de véritable contre-pouvoir». La suppression de la vice-présidence «remet directement en cause l’équilibre et le pluralisme du Crédit Mutuel». Selon Jean-Pierre Denis, Michel Lucas veut «imposer un Crédit Mutuel uniforme, totalement assujetti au groupe qu’il dirige». Ni Arkéa, ni le CM-CIC, ni la Confédération ne souhaitaient faire hier de commentaires.
Arkéa et les fédérations «non alignées» s’inquiètent aussi pour des raisons financières. Mutualisme oblige, elles seraient en effet solidaires de leurs cousins de l’Est si ces derniers rencontraient des problèmes de solvabilité. D’où leur méfiance devant certains investissements décidés par Michel Lucas, dans la presse régionale ou en Espagne par exemple. Le risque reste cependant théorique: le CM-CIC a fait passer son ratio tier one de 10% à 10,8% en un an et affichait 25,5 milliards d’euros de fonds propres fin 2010.
Plus d'articles du même thème
-
« La hausse des bénéfices du S&P 500 devrait surtout compenser des valorisations exigeantes »
François Dossou, directeur de la Gestion Actions Listed Assets chez Sienna. -
Le secteur aérien européen sera contraint de relever à nouveau ses tarifs
La hausse attendue des factures de carburant en 2027 ne pourra être intégralement compensée par de nouvelles économies de coûts. -
«Désescalade géopolitique et rééquilibrage des trajectoires monétaires vont devenir moins défavorables à l’euro»
Corentin Ponton, responsable de prévision à la Direction des études économiques de La Banque Postale.
ETF à la Une
Defiance lance le premier ETF Ucits dédié aux «Sept Magnifiques»
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- La Société Générale supprime des postes dans sa banque de détail et ses services titres
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- Pour les banques françaises, la défaite de Donald Trump éclipse une décision de Fitch
Contenu de nos partenaires
-
Think againLa Route du Rhum et les manifestations : la France aux deux horizons
La grande course au large remportée dans la nuit de samedi à dimanche par Tom Laperche célèbre la compétition, le progrès technologique et un domaine d'excellence française. Notre chroniqueur Eric Le Boucher la met en parallèle avec les manifestations de ces dernières semaines -
Bombe socialeEncadrement des loyers : « Investir dans un appartement à Paris est devenu moins rentable que de mettre son argent sur un livret A »
Le logement peine pour l'instant à trouver sa place dans le débat présidentiel. Il représente pourtant plus du tiers des dépenses contraintes. Pour Bertrand Moine, du think tank Génération libre, il est nécessaire de détricoter un certain nombre de normes qui étouffent le secteur immobilier si la France veut créer un choc d'offre et, partant, agir vraiment sur les loyers -
L'heure du choixPrésidentielle : la tentation Christine Lagarde
La présidente de la BCE affirme ne pas vouloir être candidate. Dans les milieux politiques et économiques, certains l'y encouragent pourtant. Elle dispose de quelques semaines pour trancher définitivement