La gouvernance des entreprises d’assurances doit évoluer face aux nouveaux risques
Si les assureurs entendent les appels des autorités de contrôle, on peut se demander s’ils les écoutent. C’est ce que semble penser Jean-Paul Faugère, vice-président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), qui insiste sur la nécessité pour le management et les conseils d’administration des entreprises d’assurance de prendre le risque cyber «très au sérieux».
A l’occasion d’une table ronde organisée pour la publication d’un guide sur la gouvernance des entreprises d’assurances, de l’Institut français des administrateurs (IFA), il a expliqué qu’«il ne serait pas absurde de considérer le responsable de la sécurité des systèmes d’information comme un quasi responsable d’une des fonctions clés du groupe». «Il faut que les compétences de sécurité des systèmes montent en valeur et en puissance aussi dans les conseils d’administration», a résumé Jean-Paul Faugère. L’ancien président du conseil d’administration de CNP Assurances a par ailleurs insisté sur la distinction entre président et directeur général, obligatoire dans la banque mais pas dans l’assurance, qui est une «une règle de bon fonctionnement». Il appelle les assureurs à leur responsabilité en la matière.
Ces derniers se montrent plus tempérés. Invitée à une table ronde quelques minutes plus tard, Patricia Lacoste, PDG du groupe Prévoir, a ainsi tenu à rappeler que ce n’était pas parce qu’elle occupait ce poste qu’elle était «une personne seule». Pour le risque cyber, «notre devoir est de nous y préparer le mieux possible mais il est aussi de ne pas s’illusionner sur le fait qu’une bonne préparation signifierait aucune attaque», a précisé Thierry Derez, président-directeur général du groupe Covéa, expliquant par exemple avoir dispensé des formations après l’attaque qui a touché MMA en 2020.
Alors que le changement climatique, les taux bas persistants, les risques nouveaux et la directive Solvabilité 2 ont largement participé à complexifier le rôle des administrateurs, l’évolution ne fait que commencer. «Le secteur des assurances est à un tournant, avec des décisions stratégiques fortes aux mains des administrateurs et un renforcement des besoins d’anticipation à la suite de la crise sanitaire», écrivent ainsi les auteurs du rapport de l’IFA, Nicole Gesret et Hervé Bouclier. Aussi, «la gouvernance doit évoluer également en prenant en compte ces nouveaux défis dans les réflexions stratégiques du conseil d’administration (ou de surveillance), dans son appétence au risque comme dans la conformité et le reporting réglementaire et extra-financier». «La montée générale des risques et leur recomposition interpellent», confirme Florence Lustman, la présidente de France Assureurs.
Pour la dirigeante, l’utilisation de l’Orsa – processus interne d’évaluation des risques et de la solvabilité par l’organisme (ou le groupe) – pourrait participer d’une meilleure appréhension de ces risques : «Il s’agit d’un superbe outil, qui projette la situation financière dans le futur sous des ‘scenarii’ différents. Mais le temps passé sur les sujets réglementaires laisse peu de temps pour l’utiliser (…). Il faut faire attention à ne pas être noyé sous les charges administratives.» «Je pense que cela renvoie la balle au management, qui doit donner du sens à chacune des présentations et ne pas en faire un formulaire qu’on coche sans avoir lu. Il faut donner du sens à ces actes obligés», abonde Jean-Paul Faugère.
Une chose est certaine : face à la complexification et à l’évolution des risques, la formation des administrateurs est un enjeu bien réel.
Plus d'articles du même thème
-
Roundhill lance un ETF sur les condensateurs céramiques multicouches
La production de MLCC, en forte croissance, est concentrée entre les mains d'une poignée de groupes asiatiques, dont aucun n'est coté sur une Bourse américaine. -
«Nous privilégions l’hypothèse d’un resserrement limité des taux de la BCE»
Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN Amro Investment Solutions. -
«Tant que les révisions bénéficiaires vont plus vite que la compression des multiples, la Bourse peut absorber»
Pierre Castel, gérant de fonds, Crédit Mutuel Asset Management
ETF à la Une
Les ETF européens approchent des 4.000 milliards de dollars d’encours
- Le potentiel de progression des marchés actions se réduit à peau de chagrin
- Combien coûterait aux banques une hausse du plafond du Livret A
- Le Crédit Mutuel Arkéa pousse les feux avec Fortuneo
- Les investisseurs actions et crédit se protègent contre le risque politique français
- La Banque Delubac, toujours en pertes, cherche du capital
Contenu de nos partenaires
-
Royaume-Uni : malgré les scandales, Reform UK reçoit deux dons de plus de 80 millions d’euros
Pour justifier leurs dons, deux milliardaires, Ben Delo et Christopher Harborne, ont indiqué vouloir « des conditions équitables » pour le parti d’extrême droite Reform UK, fondé par Nigel Farage -
Une quarantaine de blessés : le point sur le déraillement d'un TER reliant Rouen à Caen
Le train, qui transportait 186 passagers, a déraillé entre Tourville et Elbeuf-Saint-Aubin, au niveau de la commune de Cléon, dans la Seine-Maritime, vendredi 11 septembre. D’après les premiers éléments de l’enquête, un rail a été retrouvé sur la voie -
Prix des carburants : le spectre des Gilets jaunes ressurgit sur les réseaux sociaux
Si des appels à la mobilisation générale pour le 17 octobre prochain essaiment sur les réseaux sociaux, l’exécutif, lui, temporise, estimant que les situations de 2018 et 2026 ne sont pas « comparables »