La Cour européenne rejette la discrimination tarifaire dans l’assurance
Soucieux de l’impact de la future réglementation de Solvabilité 2, les assureurs se seraient bien passés de la dernière décision de la Cour de justice européenne. Suivant l’avis formulé en octobre dernier par l’avocat général Juliane Kokott, elle considère «invalide» la prise en compte du sexe de l’assuré dans la détermination des tarifs de contrats d’assurance.
Cette décision remet en cause la dérogation prévue par la directive de 2004 sur l’égalité de traitement dans l’accès à des biens et des services – selon laquelle une discrimination est tolérée dans l’assurance si des statistiques fiables en prouvent le bien-fondé. «En l’absence, dans la directive, d’une disposition sur la durée d’application de ces différences, il existe selon la Cour un risque que la dérogation […] soit indéfiniment permise par le droit de l’Union», justifie la Cour dans son arrêt. Elle laisse toutefois aux assureurs jusqu’au 21 décembre 2012 pour adopter une approche «unisexe».
Le Centre européen de l’assurance fait part de son inquiétude. «L’effet sur les tarifs et les prestations pourrait être significatif pour les consommateurs européens», regrette-t-il, ajoutant que la réévaluation des modèles et l’adaptation des tarifs entraîneront des surcoûts que la clientèle subira immanquablement.
La couverture automobile pour les femmes – qui bénéficient de tarifs inférieurs – pourrait ainsi augmenter de 25%. «La décision aura aussi des effets majeurs pour les futurs retraités [dans les systèmes à fonds de pension]. Les taux d’annuités des hommes devraient reculer, signifiant qu’ils percevront une retraite inférieure à même montant de cotisations. A l’opposé, les femmes, qui perçoivent des allocations inférieures en raison de leur espérance de vie supérieure, devraient bénéficier de reversements plus élevés», estime David Prowse, responsable de l’équipe Assurance chez Fitch Ratings.
«Il ne devrait pas y avoir de conséquences importantes sur les portefeuilles de polices: chacun devra mutualiser les contrats hommes et femmes, la nouvelle règle s’appliquant à tous», estime toutefois un consultant. Cela dit, «on peut légitimement s’interroger sur la portée de l’arrêt de la Cour au-delà de la différenciation fondée sur le sexe. Il serait souhaitable que la Commission précise sa position sur les critères que les assureurs peuvent prendre en compte», explique Franck Poindessault, avocat chez Norton Rose.
Plus d'articles du même thème
-
« La hausse des bénéfices du S&P 500 devrait surtout compenser des valorisations exigeantes »
François Dossou, directeur de la Gestion Actions Listed Assets chez Sienna. -
Le secteur aérien européen sera contraint de relever à nouveau ses tarifs
La hausse attendue des factures de carburant en 2027 ne pourra être intégralement compensée par de nouvelles économies de coûts. -
«Désescalade géopolitique et rééquilibrage des trajectoires monétaires vont devenir moins défavorables à l’euro»
Corentin Ponton, responsable de prévision à la Direction des études économiques de La Banque Postale.
ETF à la Une
Defiance lance le premier ETF Ucits dédié aux «Sept Magnifiques»
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- La Société Générale supprime des postes dans sa banque de détail et ses services titres
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- Pour les banques françaises, la défaite de Donald Trump éclipse une décision de Fitch
Contenu de nos partenaires
-
Think againLa Route du Rhum et les manifestations : la France aux deux horizons
La grande course au large remportée dans la nuit de samedi à dimanche par Tom Laperche célèbre la compétition, le progrès technologique et un domaine d'excellence française. Notre chroniqueur Eric Le Boucher la met en parallèle avec les manifestations de ces dernières semaines -
Bombe socialeEncadrement des loyers : « Investir dans un appartement à Paris est devenu moins rentable que de mettre son argent sur un livret A »
Le logement peine pour l'instant à trouver sa place dans le débat présidentiel. Il représente pourtant plus du tiers des dépenses contraintes. Pour Bertrand Moine, du think tank Génération libre, il est nécessaire de détricoter un certain nombre de normes qui étouffent le secteur immobilier si la France veut créer un choc d'offre et, partant, agir vraiment sur les loyers -
L'heure du choixPrésidentielle : la tentation Christine Lagarde
La présidente de la BCE affirme ne pas vouloir être candidate. Dans les milieux politiques et économiques, certains l'y encouragent pourtant. Elle dispose de quelques semaines pour trancher définitivement