La Banque d’Italie appelle le système bancaire à provisionner davantage
Pour la plupart des analystes, l’examen de la qualité des actifs bancaires (AQR) lancé par la BCE mi-octobre vise en particulier les prêteurs italiens. La Banque d’Italie, elle, considère les banques du pays suffisamment solides. «Les opinions selon lesquelles le système bancaire italien aurait aujourd’hui de forts besoins de recapitalisation ne sont pas fondées» a déclaré hier Ignazio Visco, le gouverneur de la banque centrale. Celui-ci invoque les récentes conclusions du FMI, pour qui la génération de profit des banques italiennes suffit à couvrir les besoins de provisionnement.
Ignazio Visco a cependant exhorté les prêteurs à passer leurs comptes à la paille de fer. D’autant que le projet de budget 2014 prévoit un traitement plus favorable de la déductibilité fiscale des provisions pour créances douteuses. «La nouvelle norme devra pousser les banques à adopter les pratiques les plus prudentes de provisionnement des prêts douteux, ce qui rendra leurs bilans plus transparents», a indiqué le banquier central.
Ce dernier relève cependant qu’avec 17 milliards d’euros de résultat brut d’exploitation cumulé pour le secteur au premier semestre, et des provisions élevées, la situation n’est pas tenable à long terme. «Il est urgent d’affronter les problèmes structurels du système bancaire, y compris ceux relatifs à la gouvernance», relève Ignazio Visco.
Celui-ci prône tout d’abord des efforts de réduction de coûts, notamment en tirant parti des nouvelles technologies, alors que le coefficient d’exploitation en Italie dépasse de 5 points la moyenne européenne. Deuxième piste évoquée: une vigilance accrue du régulateur sur les risques de conflit d’intérêts lorsque les banques sont aussi présentes au capital des entreprises qu’elles financent. Troisième sujet de réforme: la gouvernance des grandes banques populaires, qui devraient adopter «des formes juridiques adaptées à l’examen du marché», et celles des fondations bancaires, pas assez professionnelles, comme l’a montré l’effondrement de Monte dei Paschi.
Au passage, Ignazio Visco a précisé que la Banque d’Italie réfléchissait à un élargissement de la gamme des actifs qu’elle prend en pension. Elle devrait accepter des portefeuilles de crédit – la BCE lui a donné son aval – et certaines catégories de prêts particulièrement utilisées en Italie.
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Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse