Julius Baer peine à prouver le bien-fondé de sa croissance externe
Engagé dans un vaste programme de réduction des coûts, Bank of America (BoA) a annoncé hier avoir vendu à Julius Baer la gestion de fortune internationale située hors des Etats-Unis de sa filiale Merrill Lynch. Les négociations avaient été officialisées en juin.
La banque privée suisse accepte de débourser l’équivalent de 1,2% des actifs sous gestion concernés, payables au moment de leur transfert. Au 30 juin, le périmètre concerné atteignait 84 milliards de dollars (81 milliards de francs, ou 68 milliards d’euros). «Au terme d’une période d’intégration de deux ans, la transaction nous apportera entre 57 et 72 milliards de francs d’actifs sous gestion, dont deux tiers proviennent des marchés émergents», explique Julius Baer, qui a fait de l’Asie et de l’Amérique latine ses priorités.
Cela signifie donc que la note s’élèvera entre 684 et 864 millions de francs (570 et 720 millions d’euros). La transaction sera réglée en actions Julius Baer à concurrence de 250 millions de dollars –le complément étant payé comptant. Selon l’hypothèse haute, elle permet au groupe d’augmenter ses actifs sous gestion de 40%.
La transaction aura un impact de 300 millions de francs sur son capital réglementaire. Les charges de restructuration sont chiffrées à 312 millions nets. BoA aura préalablement assumé une charge de restructuration et d’intégration de 125 millions de dollars.
Julius Baer financera l’acquisition par une succession d’opérations qui suscitent le débat: l’établissement utilisera 530 millions de francs de fonds propres excédentaires et émettra 200 millions de francs de dette hybride et 740 millions de francs d’actions préférentielles –dont les 240 millions destinés à Bank of America. «Le ‘multiple’ semble attrayant étant donné la répartition géographique des actifs. […] Il y a peu de chance pour que le marché prenne bien l’augmentation de capital, mais le fait que Julius Baer ne paye que les actifs effectivement transférés est un bon point», juge Christian Stark, analyste chez Cheuvreux.
L’acquisition aura en outre un effet positif de 15% sur le bénéfice par action à partir de 2015, estime Julius Baer. «Nous ne comprenons pas réellement comment l’acquisition d’une activité déficitaire et qui va elle-même provoquer l’accroissement du nombre d’actions de 15% peut générer une telle croissance. Il s’agit d’une opération défensive et destructrice de valeur», juge Dirk Becker, analyste chez Kepler. Le titre a reculé de 7,4% à 32,80 francs.
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