HSBC face à l’échec de sa banque de détail en France
Côté pile, HSBC a choisi Paris comme nouveau centre européen pour sa banque d’entreprises et d’investissement, en prévision du Brexit. Côté face, ses ambitions de banque universelle en France semblent bel et bien enterrées. Le groupe sino-britannique envisage de vendre ses activités de banque de particuliers en France, a révélé mercredi soir le Wall Street Journal.
«Nous ne faisons pas de commentaires sur des spéculations», a réagi HSBC. Pour autant, «le métier de banque de particuliers et de gestion patrimoniale souffre des taux bas, d’une part de marché limitée à 2% sur les particuliers et comprise entre 5 et 10% pour la gestion patrimoniale (distincte de la banque privée, ndlr), et enfin de résultats financiers négatifs», explique une source proche du groupe. Le débarquement cet été du patron monde John Flint et la nomination d’un successeur par intérim, Noel Quinn, visent à «appliquer plus rapidement la stratégie» de HSBC, pris en étau entre les vicissitudes du Brexit et les tensions politiques à Hong Kong. En clair, améliorer rapidement la rentabilité.
A ce stade, «aucune banque d’affaires de la Place n’a été mandatée, affirme une source de marché. Il est probable que la fuite vise à sonder le marché, pour susciter des marques d’intérêt sans déstabiliser les équipes et les syndicats». En d’autres termes, ne pas répéter le précédent Barclays France. Cet autre réseau britannique, plus petit mais également centré sur la clientèle patrimoniale, a connu plusieurs années de glaciation et de sous-investissements avant d’être cédé au fonds AnaCap, qui l’a rebaptisé Milleis Banque.
Environ 800.000 clients particuliers actifs
Dix-neuf ans après le rachat du Crédit Commercial de France (CCF), HSBC n’a jamais réussi à faire jeu égal avec les grands réseaux domestiques. Depuis la vente de ses établissements régionaux en 2008, la banque de détail de HSBC France compte seulement 250 agences, pour moitié en Ile-de-France. Ses 3.000 salariés (en équivalent temps plein) servent quelque 800.000 particuliers actifs. «C’est une activité de petite banque lestée par l’héritage et la structure d’une grande banque», estime un banquier d’affaires.
Connue pour ses problèmes informatiques chroniques, la banque a engagé un vaste chantier pour digitaliser ses outils et services et surtout migrer son système de core banking vers le progiciel SAB. Ce chantier sera finalisé «au quatrième trimestre 2020», indique un bon connaisseur du dossier. Il devait initialement être achevé… début 2018. Ces dépenses de modernisation pèsent sur la rentabilité. Malgré des mesures d’économies, via des suppressions de postes notamment, la base de coûts reste élevée. En parallèle, les revenus n’ont cessé de s’éroder, sous la pression des taux bas de la Banque centrale européenne. Le pôle de banque de particuliers a fini l’année 2018 sur une perte inédite de 55 millions d’euros (lire le tableau).
Difficile, dans ces conditions, d’imaginer une foule d’acheteurs. Le groupe Arkéa et La Banque Postale, qui boxent en deuxième catégorie, pourraient être intéressés. Le premier pour se doter d’une empreinte plus nationale et haut de gamme, la deuxième pour renforcer son enseigne patrimoniale BPE, spéculent plusieurs sources. Les grandes banques françaises sont en revanche déjà engluées dans la restructuration de leurs propres réseaux et parfois contraintes dans l’utilisation de leurs fonds propres, comme la Société Générale. La domination des banques nationales sur le marché local devrait aussi dissuader leurs concurrentes européennes. Reste l’option des fonds d’investissement, après le précédent AnaCap/Barclays, doublée ou non d’une introduction en Bourse partielle. «L’entrée d’un fonds risque de faire fuir la clientèle de HSBC», juge un banquier. «Ils sont de toute façon déjà maltraités», tacle un autre, qui regrette une mauvaise qualité de service clients.
Décote possible
«Le prix va refléter le manque d’appétit pour ce fonds de commerce», tranche un analyste. Dotée de 8,1 milliards de fonds propres au 30 juin, HSBC France doit réglementairement allouer au moins 400 millions à sa banque de particuliers (à fin 2018) mais ne communique pas sur le niveau de capitaux réel de l’activité. La valeur d’entreprise reflétera certainement une décote. Et sera très éloignée des 12 milliards d’euros payés en 2000 pour le CCF. Fin 2016, le groupe avait totalement déprécié les goodwills (écarts d’acquisition) de sa banque de particuliers et de sa banque privée en France.
«La vente du retail français n’est pas significative en soi pour HSBC, pointent les analystes de KBW. Cependant, si c’est un signal que l’équipe de direction va finalement commencer à se pencher sérieusement sur les régions sous-performantes (l’Amérique du Nord par exemple), alors cela pourrait signifier un bien plus grand changement dans la perspective de rentabilité du groupe». Depuis 2011, la banque anglaise a fermé plus de cent activités et s’est retirée d’une vingtaine de pays.
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