Echec et math à la dame
Dans une passionnante interview qu’elle a accordée à ma collègue Mathilde Castagna, Maxime Carmignac estime qu’il faut féminiser l’argent pour réduire les inégalités entre les hommes et les femmes.
A la lecture de son inspirante analyse, je me suis dit qu’il fallait aller encore plus loin. Il faut féminiser les chiffres. Car, si les femmes sont si peu présentes dans les hautes sphères de la finance, mais aussi des nouvelles technologies et de la plupart des industries, c’est qu’elles se tiennent trop éloignées d’une matière clé pour la réussite professionnelle dans ces domaines : les mathématiques.
Et ce dès le plus jeune âge. Dans une note publiée début 2024, l’Institut des politiques publiques remarque que le décrochage des filles en mathématiques se produit dès le début de l’école primaire. Alors que les deux genres sont de niveau équivalent à l’entrée en CP, les garçons se classent 2,7 rangs sur 100 devant les filles dès la moitié de l’année de CP et 5,8 rangs devant à l’entrée en CE1. Une évolution que les auteurs constatent, quels que soient les contextes sociaux, familiaux et territoriaux et qui touchent plus les élèves les plus performantes. «Ce résultat interroge sur le poids des stéréotypes de genre qui pèsent sur les élèves. Il suggère que ceux-ci diffusent tôt et très largement au sein de la société», conclue l’étude.
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Tendance inquiétante
Ces inégalités de la petite école se retrouvent sans surprise à la fin du parcours scolaire, en classe de terminale. La tendance a même récemment été renforcée. En 2019, avant la réforme du lycée, 62% des filles, contre 78% des garçons, avaient plus de 5h30 de mathématiques en terminale générale, selon une étude de Mélanie Guesnais, vice-présidente de la Société mathématique de France. En 2024, les filles n’étaient plus que 34% et les garçons 58%. La chute a donc concerné les deux sexes mais elle est beaucoup plus sévère pour les filles (-45%) que pour leurs homologues masculins (-26%).
L’évolution est tellement critique qu’elle commence à inquiéter les dirigeants des grandes écoles d’ingénieurs, qui peinent encore plus qu’avant à intégrer des femmes, comme l’a rapporté en début d’année cet article du Monde, mais aussi la ministre de l’Education nationale, Elisabeth Borne, qui vient d’annoncer des mesures pour tenter de contrer le phénomène.
Face à ce constat, il faudrait sans doute que chacun y mette du sien, y compris - et peut être surtout - les femmes qui ont pu être traumatisées par les maths dans leur scolarité. Qu’elles évitent d’essentialiser cet échec comme l’animatrice Flavie Flament l’a récemment fait dans une émission justement consacrée aux inégalités fille/garçon en la matière en déclarant, tout sourire, avoir «signé un pacte de non-agression» avec les maths depuis qu’elle a «l’âge de compter». Le problème des stéréotypes, c’est qu’ils s’autoalimentent.
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