Dexia suspendue au bon vouloir de Bruxelles
Dexia se retrouve de nouveau au bord du gouffre. La banque, en cours de démantèlement, doit obtenir rapidement une rallonge sur la garantie provisoire validée par Bruxelles. Cette garantie, de 45 milliards d’euros et courant jusqu’à jeudi, aurait été utilisée à hauteur de 44 milliards. Les Etats ont demandé une autorisation de prolongation jusqu'à septembre pour un montant relevé à 55 milliards d’euros, selon des sources proches du dossier. La garantie définitive de 90 milliards d’euros tarde à obtenir le feu vert.
Dexia a rapidement besoin de liquidités, en vue notamment de couvrir sa forte exposition aux contrats de dérivés de taux, sensible à la baisse des taux d’intérêt. «Déjà en 2011, la baisse des taux d’intérêt avait provoqué des pertes sur les dérivés de taux, une augmentation des demandes de collatéral en cash et un recours accru au financement externe», explique Marnik Hinnekens, responsable de la recherche crédit chez Tullett Prebon à Paris.
L’échéance de la garantie provisoire des Etats «court jusque fin mai. Nous analysons les opérations de restructuration entreprises par Dexia», indique-t-on du côté de la Commission européenne, sans donner de plus amples informations. De cette analyse dépendra le feu vert de Bruxelles sur la garantie définitive, d’une durée de dix ans, même si d’autres facteurs entrent en ligne de compte.
La banque franco-belge, qui n’était pas joignable vendredi, souhaiterait notamment une réduction du coût de la garantie, qu’elle juge trop élevée. Sur le premier trimestre, où Dexia a accusé une perte nette de 431 millions d’euros, le coût des garanties s’élevait à 128 millions d’euros avant impôts.
La commission de cette garantie s’élève à 120 points de base (pb) auxquels s’ajoutent un complément de rémunération en fonction de la notation par les agences, la durée et une commission de mise en place de 225 millions d’euros versée à fin 2011. «Grâce à cette garantie, Dexia peut emprunter à court terme avec une prime de 210 pb et, pour une échéance supérieure à un an, à 263 pb, contre plus de 1.000 pb sans ce soutien», indique Marnik Hinnekens. Pour autant, «même avec ces garanties, Dexia ne trouve pas de rentabilité au premier trimestre».
Parallèlement, Bruxelles, de même que les Etats belge, français et luxembourgeois, qui assument les garanties à hauteur de respectivement 60,5%, 36,5% et 3%, ne semblent pas avoir d’autres choix que de voler au secours de Dexia, en raison de son importance systémique.
Au-delà des garanties, plusieurs analystes estiment que Dexia devra procéder, à plus ou moins longue échéance, à une augmentation de capital. «Le total de bilan reste bien trop important au regard des fonds propres», relève un des analystes. Bien que réduit sur le premier trimestre de 14 milliards d’euros, le total de bilan s’élève à 399 milliards d’euros, soit moins de 2% des fonds propres (7,6 milliards d’euros hors moins-values latentes).
D’autres interrogations planent à plus court terme sur la banque. La Belgique, qui assume la majorité des garanties de Dexia, souhaite voir sa part réduite. La gouvernance de Dexia, dirigée actuellement par le Français Pierre Mariani, pourrait par ailleurs évoluer, le gouvernement belge lui voyant comme successeur Karel De Boeck, ancien directeur général de Fortis.
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