Crédit Agricole SA fait preuve d’imagination pour muscler son capital
La banque émet des titres hybrides contingents en s’appuyant sur le ratio de solvabilité du groupe pour rendre les instruments plus attrayants
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Alexandre Garabedian
L’imagination est au pouvoir dans les directions financières des banques. Après la Société Générale, qui a émis des titres tier 1 considérés comme des fonds propres sous les nouvelles règles Bâle 3, Crédit Agricole SA fait depuis hier et jusqu’à jeudi la tournée des investisseurs pour vendre à son tour des instruments de capital contingent.
La banque verte a cependant choisi d’autres options, qui illustrent la diversité des structures parfois abusivement résumées sous le nom de CoCo (contingent convertible capital). Les titres diffèrent d’abord par leur nature: de maturité 2033 mais appelables dès 2018 et considérés comme du tier 2, ils verraient leur valeur réduite à zéro, sans espoir de retour à meilleure fortune, si la solvabilité du groupe passait sous un certain niveau. Deuxième caractéristique, ce seuil de déclenchement est élevé (7%, contre 5,125% pour les titres Société Générale), donc plus risqué pour les investisseurs.
La subtilité est ailleurs. Crédit Agricole SA émet les titres pour renforcer son capital, mais c’est le ratio de solvabilité du groupe, intégrant les caisses régionales à 100%, qui sert de référence. «C’est important car le groupe Crédit Agricole publie actuellement des ratios de capital bien meilleurs que ceux de CASA», notent les analystes de CreditSights. A fin juin, le groupe affichait un ratio common equity tier 1 (CET1) de 11,3% en normes Bâle 2.5 et de 10% en Bâle 3, ce qui laisse une marge appréciable par rapport au seuil de déclenchement de 7%. Le CET1 en normes Bâle 2.5 de CASA n’atteignait que 8,6% à la même date.
L’organe central de la banque verte devrait cependant bientôt réduire l’écart de solvabilité avec le groupe. Pénalisé par le poids de ses participations dans les filiales d’assurance Predica et Pacifica, pondérées depuis cette année dans ses encours, CASA cherche à transférer aux caisses régionales ce risque prudentiel, sur le modèle de la garantie interne «Switch» mise en place fin 2011 pour remplacer des titres hybrides qui n’étaient plus pris en compte sous Bâle 3.
Après discussion avec l’Autorité de contrôle prudentiel, ce «Switch 2» prendra effet le 1er janvier 2014. La banque n’en précise pas encore l’ampleur. «Nous en attendons une baisse de 35 milliards d’euros des actifs pondérés du risque de CASA, avec une amélioration de 40 à 50 pb du ratio core tier one», estimaient début août les analystes de JPMorgan.
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