Forum de la Gestion Privée : les banquiers privés composent avec l’incertitude
L’incertitude était au cœur des réflexions lors du Forum de la Gestion Privée, l’évènement organisé par L’Agefi le 9 avril : incertitude géopolitique mondiale, la plus pressante, mais aussi fiscale et législative. Un contexte instable alors que l’univers de la gestion privée doit relever un défi de taille avec l’intelligence artificielle qui s’invite au cœur des métiers de conseil. « Nous sommes tous à l’écoute des annonces et des discours à venir », explique Estelle Ménard, directrice des investissements au sein de LCL, sur la scène du Forum de la Gestion Privée. Cette déclaration fait évidemment référence à la situation géopolitique internationale instable, au cœur des préoccupations des gérants privés qui doivent adapter leurs allocations d’actifs.
La crise au Moyen-Orient entraîne la plus grande prudence
« Nous considérons que le choc provoqué par la crise au Moyen-Orient sera absorbé par le marché, comme d’autres auparavant, analyse Olivier Raingeard, directeur des investissements de la banque privée Neuflize OBC. Mais cette multitude de crises que nous connaissons depuis le Covid aura des conséquences structurelles ». Face à ces mouvements brusques, une gestion de conviction est d’autant plus nécessaire.
En immobilier, les investisseurs craignent une hausse des taux d’intérêt. Claudia Panseri, responsable des investissements d’UBS France, rappelle toutefois qu’il est difficile de comparer la situation actuelle avec celle de 2022 : « La décision de la BCE de remonter les taux dépendra des niveaux des prix du pétrole, si elle estime qu’elle est nécessaire pour lutter contre l’inflation ». Sophie Debode, responsable de l’offre immobilière de la Société Générale Private Banking, et Stephen Lasry, managing partner du multi-family office Let Us Private Office, ont également rappelé l’importance de maîtriser leurs niveaux d’endettement, notamment dans les opérations signées via des club deals, dans le contexte actuel.
« L’ingénierie patrimoniale probabiliste »
Ce sentiment d’incertitude concerne également les clients des banques privées car il transforme le travail d’ingénierie patrimoniale. « Nous sommes entrés dans l’ère de l’ingénierie patrimoniale probabiliste », assure Jérôme Jambert, fondateur du multi-family office Herest. « Le temps des montages complexes est révolu depuis longtemps. Il faut travailler des structures simples et compréhensibles pour les clients », complète de son côté Valérie Montel, responsable de l’ingénierie patrimoniale de Lombard Odier. Cette simplicité doit aussi permettre de la souplesse et de l’agilité. « Ce qui a vraiment changé, poursuit Jérôme Jambert, ce sont les demandes des clients. Un rendez-vous sur trois implique une demande liée à l’anticipation d’une expatriation éventuelle, sous condition. » Une tendance confirmée par Charles-Henri Bujard, président de l’Association française des family offices lors du déjeuner réunissant une grande partie de ses membres mais qu’il s’est empressé de nuancer : “La génération à la tête des entreprises ne va pas quitter le pays. On ne part pas avec ses usines et son outil industriel sous le bras ! En revanche, il faut être vigilant, car les plus jeunes peuvent être plus tentés de le faire”.
L’intelligence artificielle s’invite à la table des banquiers privés
Enfin, il a été beaucoup question d’intelligence artificielle, là encore source de nombreux questionnements et d’incertitudes. L’IA présente d’abord un risque en tant que thématique d’investissement. Le risque de bulle continue d’inquiéter les gérants. « Les Capex ne diminuent pas, les investissements restent massifs, mais la question de la rentabilité se pose pour les entreprises d’IA », soulève Estelle Ménard. La concentration des indices n’a jamais été aussi importante, renforçant le risque, et les valorisations restent très élevées malgré une légère baisse ces derniers mois. Pour garder une exposition à ce secteur, les gérants préfèrent souvent se concentrer sur les fournisseurs d’infrastructures.
Mais l’IA bouleverse également le cœur de métier même du banquier privé. “La question n’est pas de savoir s’il faut intégrer l’IA mais comment le faire “ explique Edouard de Saint Pierre, directeur général de Lombard Odier à Paris. Pour Pierre Marin, cofondateur de RockFi, il faut distinguer dans le métier de conseiller, l’intelligence du jugement. “Tous les métiers d’intelligence (ingénierie patrimoniale, allocation d’actifs, conformité) sont en train d’être remplacés par l’IA. En revanche, les métiers de jugement –comprendre, écouter son client et arbitrer – doivent être les priorités du conseiller”. De son côté, Carole Rigattieri, responsable innovation de la Société Générale Private Banking, estime qu’il faut être extrêmement vigilant sur l’usage de la technologie par les collaborateurs. “Les technologies vont encore accélérer la façon de travailler ensemble. Le banquier privé va être de plus en plus mis au défi par son client, c’est donc un sujet de posture et il doit s’y préparer. »
Plus d'articles du même thème
-
Rencontre Trump – Xi Jinping, un sommet par politesse
Aucune déclaration n’a conclu la rencontre même si les deux chefs d’Etat ont eu des discussions approfondies. Ce sommet aura eu le mérite de maintenir un canal de dialogue, les grands sujets seront traités ultérieurement. -
L'heure est aux investissements dans l'IA pour la fonction finance
L’année 2026 sonne l’heure du passage à l’échelle dans l'adoption de l'IA dans la finance, selon Xavier Niffle, associé chez KPMG France en charge de l'innovation et co-auteur d'une étude sur le sujet. -
Le coût de l'IA est en chute libre
Selon une étude de l’institut de recherche Epoch AI, le coût de l'intelligence artificielle a chuté de 47% par trimestre depuis 2023 pour un même niveau de performance.
ETF à la Une
Les secrets de la performance record d'un ETF sur le fret maritime
- Les notaires minorent les 9.000 milliards d'euros de la grande transmission
- La coûteuse ardoise de la frilosité des épargnants français
- Léa Dunand-Chatellet (Mirova) : «Nous voulons passer d'un acteur intermédiaire à un vrai leader»
- La banque privée de la Société Générale vise une progression de ses encours de 25% d'ici trois ans
- Gaël Monfils veut devenir gestionnaire de fortune
-
Comptes publicsLa réponse à la « crise » du pouvoir d’achat est dans la croissance
La France paie les erreurs des politiques économiques depuis 30 ans. La faiblesse de la croissance ne permet pas une hausse des salaires suffisante pour soutenir le pouvoir d'achat -
Visite du pape en France : à Paris, 800 000 personnes ont assisté à sa messe place de la Concorde
Devant 700 000 personnes assistant à sa grande messe sur la place de la Concorde, samedi 26 septembre, Léon XIV a encouragé les chrétiens « à sans cesse rayonner et transmettre la vie, la paix et l’Amour de notre Seigneur bien-aimé, Jésus-Christ » -
Audio, optique, dentaire... comment la Sécurité sociale peut économiser quelques milliards d'euros
Un rapport des inspections générales des finances et des affaires sociales chiffre des scénarios de transferts de prise en charge entre l'Assurance maladie et les complémentaires santé