Les ETF obligataires à échéance à la conquête des épargnants européens
C’est un marché qui n’existait pas il y a un an et qui pèse aujourd’hui plus de 4 milliards d’euros. Les ETF obligataires « datés », c’est-à-dire des fonds cotés en Bourse intégralement investis dans des titres de même maturité, font une entrée remarquée sur le marché européen.
C’est iShares, la marque dédiée aux ETF de BlackRock, qui, le premier, a eu l’idée d’importer sur le Vieux continent ce type de véhicules déjà bien implantés aux Etats-Unis : le premier asset manager mondial y gère 33 milliards de dollars sous cette forme à travers sa gamme « iBonds », aux côtés d’Invesco, qui revendique quant à lui un encours de 20 milliards pour son offre « BulletShares ». Mais d’autres ont rapidement emboîté le pas à BlackRock de ce côté-ci de l’Atlantique : Xtrackers (DWS) dès novembre 2023, puis plus récemment Amundi et Invesco. Prime au premier entrant oblige, iShares capte 4 des quelque 4,3 milliards d’euros sous gestion du segment, contre 249 millions pour Xtrackers, 64 millions pour Invesco et près de 9 millions pour Amundi, selon les données de Trackinsight. « Le lancement de nos ETF datés en Europe a largement dépassé toutes nos attentes », se félicite Arnaud Gihan, responsable de iShares & Wealth pour la France, la Belgique, le Luxembourg et Monaco.
Contexte moins porteur
Un succès pour grande partie dû au contexte dans lequel ces produits ont été lancés. « La demande a été très forte en 2023 pour les fonds à échéance en général, explique Arnaud Gihan. Les investisseurs cherchaient à s’immuniser contre les hausses de taux futures : en investissant dans ce type de produits, ils savent assez précisément à quel rendement ils pourront prétendre à l’échéance choisie. » Alors que la baisse des taux s’enclenche côté européen, l’intérêt des fonds datés s’étiole mais sans disparaître. « Les taux devraient rester à des niveaux plus élevés que par le passé et on pourrait assister à une repentification de la courbe : dans un tel contexte, les ETF obligataires à échéance sont des produits intéressants », complète Julien Valarcher, responsable de la distribution des ETF en France pour Invesco.
Les ETF datés sont un vecteur d’adoption des ETF dans les contrats d’assurance-vie
Des produits d’appel pour l’assurance-vie
Cette visibilité sur les rendements peut intéresser certains investisseurs institutionnels qui ont besoin d’adosser leurs investissements aux contraintes d’échéance de leur passif mais n’ont pas les ressources en interne pour gérer des portefeuilles obligataires très diversifiés. Toutefois, le cœur de la cible pour ces ETF datés reste la clientèle des particuliers et du « wealth management ». Ils viennent ainsi directement concurrencer les comptes à terme bancaires et les fonds à échéance traditionnels. « Contrairement à ces derniers, qui ne peuvent généralement être souscrits que pendant une période déterminée, les ETF obligataires à échéance sont accessibles en permanence », précise Julien Valarcher. Un argument mis en avant pour convaincre les distributeurs, et notamment les assureurs-vie encore peu friands de fonds cotés, de référencer ces produits. « Les ETF datés sont un vecteur d’adoption des ETF dans les contrats d’assurance-vie, veut croire Arnaud Gihan. Nos ETF iBonds sont souvent les premiers ETF proposés. »
Dans cette course à l’épargnant final, encore faut-il parvenir à se démarquer de la concurrence. Parti plus tard, Amundi a par exemple décidé de se focaliser sur la dette souveraine – dont le Bund allemand –, « une classe d’actifs qui est aujourd’hui peu risquée compte tenu de la faible probabilité de défaut », note Olivier Genin, responsable du développement de la gamme de produits obligataires chez Amundi ETF. Invesco, de son côté, préfère les obligations d’entreprises bien notées, les mieux à même d’offrir un rendement compétitif par rapport aux produits bancaires. iShares, enfin, voit large en offrant à la fois du crédit et des titres d’Etat, dont les BTP italiens, très prisés des épargnants transalpins. Des gammes qui devraient continuer de s’étoffer.
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