Ilmarinen: « Il est important de proposer des approches alternatives aux indices PAB et CTB »
Ilmarinen vient d’investir successivement dans quatre ETF répliquant une nouvelle gamme d’indices de MSCI dédiée au climat. Quel rôle avez-vous joué dans l’émergence de cette offre ?
Ilmarinen est le plus gros acteur privé de l’assurance retraite en Finlande. Nous gérons environ 57 milliards d’euros d’actifs, dont 17 millions en actions, via des participations directes, des fonds actifs et des fonds passifs. Depuis 2017, nous utilisions les indices ESG Leaders de MSCI pour benchmarker la majeure partie de notre portefeuille d’actions : nous considérons en effet que les meilleures entreprises du point de vue de l’ESG sont aussi les mieux gérées sur le plan opérationnel, ce qui réduit le risque de notre portefeuille. Face à la montée en puissance de l’enjeu climatique, nous avons décidé d’engager une réflexion pour donner davantage de poids à ces questions. Dans la méthodologie des indices ESG Leaders, le climat ne représente en effet pas plus de 5 % de la note finale. Les métriques climatiques sont difficiles à intégrer au niveau des gérants eux-mêmes : en leur donnant un benchmark qui inclut déjà ces considérations, on est en mesure de faire bouger l’ensemble de notre exposition. Cela devrait nous aider à atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici 2035 que nous nous sommes fixés.
A lire aussi: Le fonds finlandais Ilmarinen investit près de 3 milliards d’euros dans deux ETF
L’offre de produits centrés sur le climat s’est beaucoup étoffée ces dernières années. N’avez-vous pas trouvé ce que vous cherchiez dans le marché ?
Nous avons testé plusieurs solutions, notamment des indices « Paris-aligned benchmark » (PAB) ou « Carbon transition benchmark » (CTB). Mais dans tous les cas, les méthodologies conduisaient à un univers de titres trop étroit. Les indices PAB ont une trajectoire de décarbonation fixée à 7 % par an, mais pour y parvenir, ils évitent le secteur de l’énergie alors que nous considérons qu’il a un rôle important à jouer dans la transition vers une économie bas carbone. En outre, cette approche fait courir un risque de concentration : les entreprises qui ne parviendraient pas à suivre le rythme de décarbonation attendu seraient sorties de l’indice, qui deviendrait de moins en moins diversifié. Il y a deux ans, nous avons donc contacté MSCI pour leur demander de réfléchir à un indice qui repartirait de l’idée initiale de la gamme ESG Leaders, mais en se concentrant sur les aspects climatiques. Ce projet, qui a fusionné avec un autre porté par le Singapore Stock Exchange, a abouti à la création de la famille d’indices Climate Action à partir d’octobre 2022. La méthodologie repose sur quatre piliers : les émissions de carbone actuelles, leur réduction à l’avenir, la part des revenus issus des activités vertes et la gestion des risques climatiques. Nous nous attendons à ce que les entreprises les mieux positionnées sur ces sujets soient confrontées à moins de vents contraires demain, et soient, in fine, de meilleures opportunités d’investissement. Nous verrons d’ici quelques années si c’est bien le cas.
Comment en êtes-vous venus à participer à la création d’ETF ?
Il n’existait pas de produits répliquant ces indices, ce qui était problématique pour gérer notre portefeuille passif d’environ 5,5 milliards d’euros. Nous avons contacté des fournisseurs d’ETF pour qu’ils créent ce type de produits et nous nous sommes engagés à jouer le rôle d’investisseur de référence. Nous avons contribué à la création de deux ETF sur le périmètre américain (par Xtracker et iShares) et nous y avons investi 2 milliards d’euros chacun. Nous avons fait de même avec les actions japonaises via un ETF d’iShares pour 745 millions d’euros et nous venons d’annoncer un investissement de 500 millions d’euros dans le véhicule créé par Amundi sur le segment des actions européennes. Au total, 95 % de notre portefeuille passif réplique désormais des indices MSCI Climate Action.
A lire aussi: Ilmarinen investit 500 millions d’euros dans un ETF d’Amundi sur le climat
Pourquoi choisir des ETF plutôt que des fonds indiciels ?
Les ETF sont un produit simple, standard et très léger en termes de gestion administrative. Nous les privilégions. Mais cette initiative permet aussi d’accroître l’offre d’ETF climatiques sur le marché, au profit d’autres investisseurs. Nous avions déjà contribué à la création d’ETF sur les indices MSCI ESG Leaders il y a quelques années. Sur le changement climatique, les besoins peuvent être assez différents d’un investisseur à un autre : il est important de pouvoir proposer des approches alternatives aux indices PAB et CTB.
Quelle pourrait être votre prochaine étape ?
Nous voyons que l’enjeu de la biodiversité gagne du terrain, mais il faut que le niveau de compréhension et de transparence du marché sur ce sujet s’améliore avant d’envisager quoi que ce soit.
Plus d'articles du même thème
-
Les investisseurs en ETF se détournent des actions européennes
La collecte du marché européen des ETF depuis début avril dépasse 20 milliards d’euros, soit un doublement par rapport à mars. -
Sprott lance le premier ETF mondial dédié aux terres rares hors de Chine
Le portefeuille, composé de 34 lignes, est dominé par l’Australie (50 %), les États-Unis (36 %) et le Canada (8 %). -
« Plus l’incertitude dure, plus les effets sur l’économie et les entreprises seront importants »
Emmanuel Auboyneau, gérant privé chez Amplegest
A la Une
Vanguard se tourne vers l’investissement factoriel dans sa gestion passive
Contenu de nos partenaires
-
Prix de l’énergie : les mesures d'aides aux entreprises vont se « poursuivre en mai », indique Roland Lescure
Alors que les prix du carburant ont flambé en raison de la guerre au Moyen-Orient, le ministre de l’Economie, Roland Lescure, indique que Sébastien Lecornu doit faire de nouvelles annonces « en fin de journée » -
Apple : Tim Cook va quitter la direction du groupe début septembre
Tim Cook va passer la main à John Ternus, responsable des produits physiques (de l’iPhone au Mac), début septembre et va devenir président du conseil d’administration de la firme à la pomme -
Immigration: Bruno Retailleau veut mettre l'Espagne « au ban des nations européennes »
Paris - Le candidat de LR à la présidentielle, Bruno Retailleau, veut «mettre à ban des nations européennes» l’Espagne du Premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, après son annonce de régularisation massive de près d’un demi-million de sans-papiers pour soutenir l'économie de son pays. A rebours du durcissement migratoire observé dans une grande partie de l’Europe, l’Espagne a lancé il y a une semaine un vaste plan de régularisation de sans-papiers. «On ne peut pas supporter la régularisation massive telle que M. Sanchez la fait», a affirmé sur LCI le patron des Républicains qui craint que les immigrés qui obtiennent des papiers en Espagne ne traversent ensuite la frontière pour rejoindre la France. Considérant la décision du gouvernement de centre gauche espagnol «contraire à l’esprit européen», il a promis de «rétablir les contrôles aux frontières», assurant que la France était autorisée à adopter ce genre de mesure en cas de «crise». «Je mettrais (l’Espagne) au ban des nations européennes», a ajouté l’ancien ministre de l’Intérieur. Pour imposer cette mesure, le patron de LR compte sur les pays européens qui sont «en majorité» dirigés par la droite. «Heureusement aujourd’hui l’Europe a changé», a-t-il estimé. L’Espagne est l’une des trois principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, avec l’Italie et la Grèce, majoritairement via son archipel des Canaries, au nord-ouest de l’Afrique. © Agence France-Presse