Le gestionnaire d’actifs américain Calamos Investments s’apprête à lancer le premier ETF autocallable sur le marché européen. Un produit autocallable est un instrument financier qui verse des coupons réguliers et rembourse le capital à l’échéance, ou de manière anticipée en cas de déclenchement du mécanisme de remboursement automatique, à condition que le sous-jacent ne franchisse pas certains seuils de baisse prédéfinis (par exemple –60 %).
Ces produits offrent ainsi un compromis entre revenu et exposition actions, avec un potentiel de rendement supérieur à celui des obligations traditionnelles, mais assorti de risques spécifiques.
Cette initiative intervient dans un contexte où les autocallables occupent déjà une place centrale en Europe. Ils constituent l’instrument le plus populaire du marché des produits structurés et représentent plus de la moitié des émissions en circulation, selon Structured Retail Products. Le volume en circulation, couvert par les associations professionnelles, s’élevait à environ 477 milliards d’euros fin 2025, à un niveau record.
Le Calamos Autocallable Income UCITS ETF a été enregistré en Irlande sur la plateforme en marque blanche Waystone ETF, ouvrant la voie à une distribution paneuropéenne sous le régime Ucits.
Cette offensive européenne prolonge le succès rencontré aux États-Unis. En juin 2025, Calamos a lancé le premier ETF autocallable américain (CAIE), qui a rapidement levé plus de 600 millions de dollars, selon TrackInsight, devenant le principal fonds d’une gamme de 42 ETF pour le gestionnaire totalisant environ 45 milliards de dollars d’encours.
L’essor des ETF dérivés aux États-Unis
Aux États-Unis, l’essor des ETF dérivés à revenu et à résultat défini est spectaculaire : leurs actifs sont passés de 3,5 milliards de dollars fin 2019 à 179 milliards, selon Morningstar. Les émissions de produits structurés y sont dominées par les autocallables, qui ont représenté 104 milliards de dollars sur 157 milliards d’émissions en 2024.
Graham Day, directeur des investissements chez Innovator Capital Management, qui a lancé deux ETF autocallable en septembre 2025, estime que le marché pourrait croître entre 20 et 30 milliards de dollars. Cela les placerait à environ la moitié de la taille des ETF buffer, qui ont augmenté régulièrement depuis 2018.
Les ETF autocallables visent déjà des coupons supérieurs à 14 %, renforçant leur attractivité dans un contexte de quête de rendement.
D’ailleurs, le succès de Calamos a déclenché une vague de lancements concurrents. Simplify Barrier Income ETF (SBAR) a attiré environ 200 millions de dollars, tandis que Innovator ETF, récemment acquis par Goldman Sachs, a levé plus de 40 millions de dollars sur des stratégies similaires.
D’autres devraient lancer des fonds similaires. Un ensemble de plus de 30 ETF autocallables distincts de GraniteShares est entré en vigueur le 13 janvier 2026 et attend également d’être mis en bourse. Rex Shares, Janus Henderson, Ark ETF Trust et VegaShares ont également déposé des produits similaires auprès de la SEC.
Du produit bancaire au véhicule UCITS
Historiquement, les autocallables étaient émis quasi exclusivement par les départements de produits structurés des banques d’investissement, avec des tickets d’entrée élevés et une liquidité limitée.
À partir de la fin des années 2010, une évolution progressive s’est amorcée : certains gestionnaires d’actifs, dont Schroders et Barclays, ont commencé à intégrer ces stratégies au sein de fonds Ucits, amorçant une première étape vers la mutualisation et la standardisation.
L’ETF constitue aujourd’hui l’étape suivante de cette transformation. En agrégeant plusieurs autocallables au sein d’un véhicule coté, liquide et diversifié, il permet de diluer les risques idiosyncratiques, et de rendre cette classe d’actifs accessible à une base d’investisseurs beaucoup plus large.
Une transposition européenne loin d’être évidente
La transposition européenne reste toutefois incertaine. Le marché des produits structurés y est déjà mature, avec un accès direct pour les investisseurs via les réseaux bancaires, tandis qu’aux États-Unis, les autocallables sont réservés aux investisseurs qualifiés (règle 144A).
De plus, le marché européen des ETF, estimé à 3.220 milliards de dollars, contre près de 13.000 milliards de dollars aux États-Unis, selon TD Securities, limite mécaniquement les effets d’échelle.
L’ETF autocallable de Calamos devra composer avec une concurrence européenne déjà bien installée, notamment des fonds non cotés spécialisés.
Atlantic House Defined Returns, lancé en 2013, gère environ 2,5 milliards de livres sterling et vise un rendement annuel de 7 % à 8 %, tandis que le fonds Autocallable Portfolio de Deutsche Bank, lancé en 2023, offre une exposition à 120 autocallables répartis entre l’EuroStoxx 50 et le S&P 500.
Malgré ces contraintes, l’intégration de stratégies autocallables dans une enveloppe ETF evergreen, combinant liquidité quotidienne, diversification et distribution régulière de revenus, pourrait séduire les investisseurs européens.
Dans un environnement de volatilité structurelle et de taux durablement plus élevés, les ETF autocallables pourraient accélérer la transformation industrielle des produits structurés en Europe.
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11 août 2026 à 4:02 PM
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