Aux Etats-Unis, les ETF bitcoin au comptant battent des records pour leur lancement
Il y a tout juste un mois, le 10 janvier, le gendarme des marchés américains agréait onze ETF bitcoin «spot», c’est-à-dire répliquant les performances du bitcoin grâce à une détention physique du cryptoactif et non via une exposition à des produits à terme. Un sésame attendu depuis dix ans par la sphère crypto qui ne cachait pas son enthousiasme. Un mois après la cotation de ces onze véhicules, cet enthousiasme n’est pas retombé. «C’est un début extrêmement positif, se félicite Benoît Pellevoizin, CEO France de CoinShares, qui s’apprête à acquérir Valkyrie, un des fournisseurs récemment agréés. L’ensemble des nouveaux ETF représente d’ores et déjà 1,5% de la masse de bitcoins en circulation dans le monde et 10 à 15% des volumes d’échanges hebdomadaires.» Selon les calculs de Bloomberg Intelligence, les véhicules lancés par BlackRock et Fidelity sont les deux meilleurs lancements d’ETF de l’histoire mesurés sur la base de leur collecte du premier mois.
De fait, cette dernière est massive, du moins si l’on met de côté le cas très particulier de l’ETF de Grayscale, le GBTC, qui résulte de la transformation du Grayscale Bitcoin Trust créé dès 2013. Les dix autres véhicules ont ainsi attiré en un mois un total de 7,7 milliards de dollars, pour un encours de 8,4 milliards, selon les données de Trackinsight arrêtées en milieu de semaine dernière. «La collecte des ETF spot américains équivaut à l’encours de l’ensemble des ETP crypto en Europe : le marché change vraiment d’échelle», glisse Benoît Pellevoizin. Avec respectivement 3,3 milliards et 2,7 milliards de dollars de souscriptions, ce sont clairement BlackRock et Fidelity qui raflent l’essentiel de la mise, suivis de l’alliance Ark 21Shares.
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L’hémorragie de Grayscale
Un bilan toutefois terni par l’hémorragie qu’a connue le GBTC de Grayscale, soit 5,9 milliards de dollars de décollecte sur un mois, pour un encours tombé à 20,3 milliards. Plus cher (150 points de base contre 20 à 30 pour ses concurrents), le GBTC a souffert de son héritage. «Du fait de la faible liquidité de son marché secondaire, le Grayscale Bitcoin Trust se négociait avec une décote par rapport au prix du bitcoin, décote qui avait pu atteindre 70%, explique Stanislas Barthélémi, senior manager blockchain & crypto chez KPMG France. Cette décote s’est effacée avec sa transformation en ETF au comptant et beaucoup d’investisseurs en ont profité pour sortir.» Ce sont ces flux vendeurs, ainsi que le débouclage de positions plus spéculatives de hedge funds, qui ont vraisemblablement pesé sur le prix du bitcoin : ce dernier a en effet perdu environ 16% dans les deux premières semaines de cotation, avant de se redresser. Le 12 février, il était revenu à son point de départ qu’il dépasse même légèrement. «Le bitcoin est un actif volatil et l’ampleur des mouvements que l’on a vus ce dernier mois est tout à fait dans la norme», relativise Benjamin Dean, directeur, actifs numériques chez WisdomTree.
Le succès rapide des ETF spot a également fait des victimes parmi les autres véhicules permettant de s’exposer à la cryptomonnaie. «On a vu une rotation de produits à base de futures, qui présentent de multiples inconvénients (nécessité de «roller» le portefeuille à échéance, risque de contango) vers les ETF au comptant qui constituent une exposition plus optimale», précise Benjamin Dean. Le plus gros de ces ETF synthétiques, le ProShares Bitcoin Strategy (BITO), a perdu 260 millions de dollars sur la période. «Ces rotations ont également touché les ETF qui suivent les actions de mineurs de bitcoins ou encore d’entreprises comme MicroStrategy ou Tesla qui ont beaucoup de bitcoins à leur bilan», poursuit Benjamin Dean. «La demande est toujours présente pour les ETF qui ont les actions de mineurs de bitcoins comme sous-jacents car c’est un proxy que continuent d’utiliser les fonds de pension et les asset managers interdits d’acheter des cryptoactifs par leur département conformité», nuance toutefois Benoît Pellevoizin.
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Vers des ETF au comptant sur l’ether
Les promoteurs des ETF crypto sont convaincus que l’histoire ne fait donc que commencer. «Les conseillers financiers ne vont pas changer leurs allocations du jour au lendemain : dans six ou douze mois, on commencera à voir les résultats», assure Benjamin Dean. Certains grands acteurs, comme Vanguard, restent hostiles au bitcoin et refusent de rendre accessibles les ETF sur leur plateforme. Mais d’autres se montrent proactifs. «Au Canada, Fidelity a fait évoluer ses fonds d’allocation – la gamme Fidelity All-in-One ETFs – pour y inclure son ETF bitcoin à hauteur de 1 à 3%», signale Benoît Pellevoizin. Preuve que l’enthousiasme est intact, plusieurs fournisseurs d’ETF bitcoin (dont BlackRock, Fidelity, Invesco, VanEck ou Ark/21Shares) ont d’ores et déjà soumis une nouvelle demande auprès de la SEC pour pouvoir proposer des ETF ether au comptant. «Au-delà de l’approbation elle-même, il faudra surveiller la décision du régulateur d’autoriser ou non le staking, cette technique qui consiste à réutiliser les ethers que l’on détient pour sécuriser la blockchain ethereum en échange d’un rendement», prévient Stanislas Barthélémi. Les spéculations sur la date de la décision de la SEC sont reparties de plus belle, avec fin mai comme prochaine échéance crédible.
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