Mission zéro émission !
Manager conseil « finance climat », Gauthier Faure a eu un déclic lors d’une mission en microcrédit au Pérou, pour la banque espagnole BBVA : « En prenant conscience de la vulnérabilité à la fois sociale et environnementale des populations locales, j’ai voulu faire un métier qui ait un impact et du sens. » Il rejoint alors Accenture, dans le conseil aux banques et assurances, puis travaille au sein du think tank I4CE (Institute for Climate Economics), avant d’arriver au cabinet de conseil en développement durable EcoAct (récemment acheté par Atos) en 2019. Il y accompagne les institutions financières dans leur transition vers le bas carbone. « J’aide les clients à mesurer leurs émissions, à les réduire et les compenser », synthétise Gauthier Faure.
Le « consultant en transition neutralité carbone » arrive en tête des métiers à impact qui recrutent en 2021, selon un classement établi par le cabinet de recrutement spécialisé dans le développement durable Birdeo (lire ‘La parole à...’). La stratégie nationale bas carbone introduit en effet un objectif de neutralité en 2050. « Que l’on régule ou non, certaines entreprises ont bien conscience qu’elles vont être confrontées aux risques climatiques et s’y préparent dès aujourd’hui, pointe Guilhem Ventura, consultant senior chez Square, cabinet de conseil en stratégie et organisation. Les entreprises ne peuvent pas être neutres en carbone, mais seulement contribuer à la neutralité globale, car elle se définit au niveau mondial. » Dans la finance, l’impact carbone prend une dimension particulière. Les émissions directes, liées aux locaux des entreprises, les déplacements des salariés, l’activité, les achats... ne représentent qu’une petite partie de l’empreinte environnementale. « C’est petit mais c’est un élément clé car cela a valeur d’exemplarité pour les clients et de cohérence pour la marque employeur, très importante pour attirer les jeunes talents », souligne Nicolas de Jenlis, associé de l’équipe sustainability chez Deloitte.
Agir sur les clients
L’impact carbone des entreprises de la finance se concentre surtout dans leur portefeuille. « Le gros de l’empreinte carbone des banques se trouve dans ce qu’elles financent », résume Clémence Lacharme, manager chez Carbone 4, cabinet de conseil spécialisé dans la stratégie bas carbone. Ce qui implique des compétences spécifiques. « Il faut à la fois bien comprendre les enjeux climatiques et très bien comprendre le métier bancaire et celui des investisseurs », explique Nicolas de Jenlis. « Plusieurs leviers peuvent être activés, comme faire évoluer la stratégie de l’entreprise cliente dans le cadre d’une politique d’engagement, ou augmenter la ‘part verte’ d’un portefeuille, c’est-à-dire la part des investissements ou des financements durables », illustre Gauthier Faure. La législation européenne sur la taxonomie verte permettra de lister les activités définies comme durables.
Depuis l’établissement du bilan carbone, qui reste la pierre angulaire pour connaître les émissions d’une entreprise dans toutes ses activités, la question de la neutralité a beaucoup progressé ces dernières années. « Au début, nous réalisions beaucoup de bilans carbone. Nous continuons à accompagner les entreprises sur ce sujet, mais nous les conseillons davantage sur leur stratégie de réduction d’émissions. L’évolution se lit aussi dans les services avec lesquels nous coopérons. Au départ, nous travaillions avec les services de développement durable et de RSE (responsabilité sociétale des entreprises, NDLR). Maintenant, nous échangeons beaucoup plus souvent avec les comex et les directions des risques », soulève Clémence Lacharme. Diplômée d’un master en aménagement du territoire, avec une spécialisation sur l’impact des infrastructures sur la biodiversité, la consultante a travaillé dans la banque et le conseil avant de rejoindre Carbone 4. Un parcours qu’elle qualifie d’atypique, pour un métier qui est souvent exercé par des ingénieurs. Et de plus en plus par des profils de spécialistes de la donnée.
Des profils « data »
Il suffit de se représenter une entreprise financière avec un portefeuille de 5.000 ou 10.000 clients, dont il faut mesurer l’impact carbone, pour rapidement comprendre que l’accompagnement vers la neutralité est aussi une question de data. « Cela devient un enjeu crucial, ainsi que la mise en relation des différents types de données : financières, climatiques, socio-économiques, technologiques… », confirme Gauthier Faure. Le département développement durable chez Deloitte, qui compte une centaine de consultants en France, a récemment embauché des professionnels de l’analyse des données. « Les engagements de la part des acteurs financiers sont de plus en plus forts, on le voit par exemple avec les assureurs qui s’engagent dans la neutralité carbone à travers l’alliance Net Zero Asset Owner. Nous avons besoin de professionnels experts du métier de la finance et, de plus en plus, avec des compétences dans la gestion des données », confirme Nicolas de Jenlis. Un rapprochement métier qui s’illustre aussi par le rachat d’EcoAct par le géant du numérique Atos. Au-delà de la data, les experts prévoient une place de plus en plus importante pour la question carbone dans les entreprises à moyen terme. « Je pense que demain nous devrons être capables de piloter un bilan carbone au même titre que l’on pilote d’autres ressources contraignantes, et qu’il devra être intégré dans toutes les prises de décision », pointe Guilhem Ventura. Une question inévitable pour les entreprises, avec des échéances réglementaires qui se rapprochent rapidement.
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