La rémunération des dirigeants fait partie des sujets phares qui mobilisent les investisseurs responsables, notamment dans le cadre de leur politique d’engagement actionnarial. En revanche, la rémunération des actionnaires – autrement dit les dividendes – est rarement évoquée.Or, selon Gaëtan Obert, directeur de l’investissement responsable de BNP Paribas Investment Partners, il est important de s’intéresser à ce sujet qui concerne plus largement « la manière dont la valeur ajoutée est répartie dans l’entreprise » - surtout lorsqu’on est un investisseur responsable. Ce sujet devrait d’autant plus attirer l’attention que la part actuelle des bénéfices distribuée aux actionnaires se situe à 81 %, ce qui est un niveau historiquement élevé. « Nous pouvons nous interroger sur le caractère raisonnable de ce niveau », estime Gaëtan Obert, qui s’exprimait au cours d’un « Wake Up Call » lors du Colloque annuel de Novethic.En Europe, les actionnaires ont la possibilité de voter sur les dividendes et même de faire des dépôts de résolution ou de l’engagement. Mais force est de constater que « l’engagement responsable est absent du débat sur les dividendes », appuie Michael Herskovich, responsable de la gouvernance d’entreprise chez BNP Paribas IP.« Le vote des actionnaires en assemblée générale sur les dividendes est en général une formalité : on a des taux d’approbation de plus de 99 % en moyenne en Europe », observe-t-il. Le seul activisme actionnarial que l’on observe dans ce domaine est pour demander des dividendes plus élevés. Comment dans ce contexte jouer un rôle ? Cela passe par la définition d’une politique de vote responsable, selon le profesionnel. L’un des critères clés est le taux de distribution. Il convient de s’interroger sur son niveau, de vérifier si la société n’est pas en déficit ou si la société ne distribue pas davantage que ses bénéfices. « L’idée est que le dividende ne compromette pas la capacité d’investissement des entreprises et son développement à long terme », estime Michael Herskovich. Même si ce sujet reste confidentiel, l’engagement actionnarial se développe notamment sur des thèmes comme la rémunération des dirigeants ou le réchauffement climatique. Il prend des formes différentes en fonction des investisseurs. Chez Ethos, qui accompagne une centaine de fonds de pension suisses sur l’investissement responsable, l’engagement permet d’atteindre des résultats plus probants que le vote, selon Dominique Biedermann, président de la Fondation Ethos, qui s’exprimait aussi au cours d’une table ronde lors du colloque Novethic. « Il s’agit d’un prolongement du vote ». Et par exemple, sur le sujet sensible des rémunérations des dirigeants, « nous arrivons à influencer la politique de rémunération bien plus par un dialogue discret en complément de l’assemblée générale ». Philippe Sebag, administrateur de l’Ircantec, prône une approche moins feutrée et plus volontariste. « Les discussions avec les entreprises sont importantes, mais il y a un moment il faut prendre des décisions plus fortes. Par exemple, sur les rémunérations, nous avons introduit une limite de rémunération à 100 fois le Smic - ce qui fait quand même 1,75 million d’euros par an ! ». Pour lui, « si on ne met pas de barrières, on n’y arrivera pas ». Il évoque aussi la nécessité de s’allier à d’autres investisseurs.Du côté de l’Eglise d’Angleterre, Adam Matthews, directeur de l’engagement, explique que la source des actions entreprises se trouve dans la Bible. Il est aussi en faveur de regroupements d’investisseurs, notamment sur le climat. L’Eglise d’Angleterre a d’ailleurs été à l’origine de la création de la «Transition Pathway Initiative» avec d’autres investisseurs et qui sera lancée en janvier. Elle proposera notamment un outil de mesure de la performance des entreprises et des secteurs en matière de changement climatique.