Une obligation relance finance pour la première fois une licorne française

L’éditeur de jeux vidéo Voodoo vient de recevoir un financement de 30 millions d’euros par Eiffel Investment Group et Turenne Capital.
Florent Le Quintrec
La licorne française de jeux vidéo Voodoo
Les licornes rentables comme Voodoo sont encore rares à l’heure actuelle.  -  Crédit Voodoo.

Contrairement à l’image qu’elles véhiculaient jusqu’à présent, les obligations relance ne servent pas qu’à financer des PME et ETI industrielles régionales. Turenne Capital et Eiffel Investment Group, qui mènent chacune un groupement bénéficiant d’une enveloppe de 220 millions d’euros à distribuer, annoncent ce lundi apporter le premier financement d’une licorne française dans le cadre de ce dispositif. Les deux sociétés de gestion vont effet financer Voodoo, le leader mondial des jeux vidéo mobiles valorisé 1,7 milliard d’euros lors de sa dernière levée de fonds propres de 266 millions auprès de GBL à l’été 2021.

La start-up utilisera cette dette pour financer son développement et ses prochaines opérations de croissance externe. « Pour une société comme Voodoo, les principaux avantages de l’obligation relance sont sa durée, 8 ans, et son remboursement in fine, qui permettent de financer sa croissance future. C’est le premier dispositif de financement de ce type qu’elle utilise, puisqu’elle n’avait pas eu besoin de PGE (prêt garanti par l’Etat) pendant la crise du Covid », indique Céline Lajoye, directrice d’investissement chez Turenne Capital. « Les obligations relance servent aussi à financer les champions français du numérique et pas seulement les entreprises dans des secteurs industriels », se réjouit André Gonçalves, gérant chez Eiffel Investment Group.

Rentabilité exigée

Cet instrument se révèle aussi de plus en plus avantageux en termes de coût dans le contexte actuel de hausse rapide des taux. La fourchette de taux des obligations relance se situe entre 5,2% et 7,2%, un tarif intéressant pour un instrument subordonné qui peut se substituer à de la dette mezzanine rémunérée au-dessus de 10%. Ces obligations ne doivent toutefois pas représenter plus de 8,4% du chiffre d’affaires 2019 pour les ETI et 12,5% pour les PME, comme le prévoit Bercy. Elles bénéficient de la garantie de l’Etat jusqu’à 30%.

Mais toutes licornes ne peuvent pas prétendre à recourir aux obligations relance. « Les sociétés éligibles doivent être rentables puisqu’elles ont un ratio dette/Ebitda à respecter, rappelle André Gonçalves. Les licornes rentables comme Voodoo sont encore rares à l’heure actuelle. »

L’obligation relance de Voodoo est également assortie de critères d’impact portant sur la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, l’égalité professionnelle homme/femme et l’apprentissage. L’atteinte d’un ou plusieurs objectifs fixés permettrait à l’éditeur de jeux vidéo d’économiser sur le coût de ces obligations. « Ce mécanisme ne prévoit qu’un bonus, et aucun malus, qui va de 0 à 15 points de base en fonction des objectifs atteints, à partir de la troisième annuité », précise Céline Lajoye.

Abondement attendu

Lancées fin 2021, les obligations relance ont connu un réel succès conduisant le gouvernement à proroger le dispositif jusqu’au 31 décembre 2023, contre le 30 juin 2022 prévu initialement. Toutefois, l’enveloppe de 1,7 milliard apportée par les assureurs aux gérants chargés de la distribuer aux entreprises sera vide dans les prochaines semaines et la question d’un abondement supplémentaire est sur la table depuis plusieurs mois. « Nous avons informé les investisseurs que nous avons encore beaucoup de demande donc nous espérons une augmentation de l’enveloppe et le Trésor et les assureurs devraient probablement nous donner une réponse dans les prochaines semaines », prévient Céline Lajoye.

Un évènement L’AGEFI

Plus d'articles Financement

Contenu de nos partenaires

Les plus lus de
A lire sur ...