Le paiement instantané bouscule la gestion de trésorerie

A l’occasion de la plénière de clôture d’Universwifnet le 27 mai dernier, au Palais Brongniart, les trésoriers ont fait le point sur les avancées en matière de paiement.
Les paiements digitaux  paiement sans contact
La possibilité de payer simplement et facilement fait désormais partie de l’expérience utilisateur  -  AdobeStock

Comment le paiement instantané transforme-t-il la gestion du cash ? Pour Eric Pretelat, VP risk management & cash management chez Schneider Electric, «le paiement instantané (ou IP pour instant payment) ne change pas grand-chose dans notre gestion du cash out mais davantage dans celle de notre cash in. Car, si jusqu'à présent le cash management consistait surtout à s’occuper du paiement de nos fournisseurs, dorénavant nous devons aller chercher davantage de cash auprès de nos clients». Une explication qui tient compte de l’évolution du business model du groupe Schneider Electric du BtoB, vers du BtoC, selon les mots d’Eric Pretelat. «Le groupe se diversifie et propose des produits et services via des marketplaces pour des paniers clients moyens». Et pour cette nouvelle typologie de clients, la possibilité de payer simplement et facilement fait désormais partie de l’expérience utilisateur.

«Là où l’instantanéité des paiements (tracking, IP) va beaucoup nous apporter, c’est sur la gestion de la liquidité. Et pour cela, il va falloir avoir des comptes rémunérés plus systématiquement, (re)définir la façon dont on travaille, avoir de la data et des systèmes pour automatiser le traitement de cette liquidité, et ainsi la valoriser au maximum». Pour Ouanessa Aissaoui, Head of global payments solutions France chez HSBC, beaucoup de corporates vont devoir se poser la question du cas d’usage avec l’IP et de la pertinence de celui-ci avec leur business model.

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Gestion de la trésorerie en temps réel

L’IP devrait permettre aux fonctions finance d’avoir une meilleure visibilité de leurs liquidités mais également une aide sur la gestion en temps réel de leur trésorerie. «Mais, si l’instantanéité est la clé, c’est davantage celle de l’information sur la disponibilité des fonds qui est cruciale. C’est d’informer le bénéficiaire qu’il va recevoir le règlement à une date donnée pour une juste prévision de sa trésorerie», avertit Thierry Leblond, partner, head of advisory, Oaklen, cabinet de conseil spécialisé dans les paiements. L’instantanéité amène de ce fait, de la prédictibilité, tout comme l’IA. Mais, si de grands espoirs semblent fondés sur l’IA, la majorité des cas d’usage concerne encore uniquement le cash forecast, comme chez Schneider Electric.

Cependant, il existe des limites à l’instantanéité. Ainsi, la vigilance est requise en ce qui concerne les fuseaux horaires ou la gestion de la liquidité pendant le week-end. «Il va falloir gérer les lignes mises à mal pendant le week-end parce qu’il n’y aura pas forcément les encaissements en face ou du moins la prédictibilité de ces encaissements», souligne Ouanessa Aissaoui chez HSBC.

Se préparer à la VoP (Verification of Payee)

En matière de paiement instantané, des étapes importante s’annoncent, comme le déploiement de la VoP (pour Verification of Payee) avec échéance le 9 octobre 2025. Cette mesure vise à renforcer la sécurité des transactions bancaires en vérifiant la correspondance entre le nom du bénéficiaire et l’Iban avant l’exécution du paiement. Elle sera appliquée par les banques et prestataires de services de paiement afin de permettre la lutte contre la fraude au virement.

Cette nouvelle réglementation va affecter l’organisation des entreprises, voire amener à créer des équipes dédiées. «Comment allez-vous gérer les réponses envoyées par les banques sur vos milliers de transactions sachant que vous avez automatisé ces flux de paiement ?, interpelle Ouanessa Aissaoui de HSBC, car au milieu de ces lignes s’incrusteront des petites VoP.» Certes, les entreprises qui ne seront pas prêtes en temps et en heure pourront faire de l’opt-out mais pour cela, elles devront disposer de bases de données très solides

«Cette nouvelle réglementation nous demandera énormément de travail de la data dans nos ERP et même en amont de la data. Nous nous poserons également la question de nous équiper ou non des mêmes outils bancaires que les banques elles-mêmes», conclut le VP risk management & cash management chez Schneider Electric.

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