Le CAC 40 reprend enfin ses investissements
Les grandes entreprises françaises confirment leur bonne santé financière, selon la treizième édition du «Profil financier du CAC 40», d’EY. «L’année 2018 est un très bon cru pour le CAC 40, confie Marc Lefèvre, associé EY et co-auteur de l’étude. Tous les clignotants sont en vert. Le CAC est résiliant et conquérant et retrouve ses meilleurs niveaux sur une majorité de métriques depuis la crise de 2008. Seule déception, le niveau de valorisation, mais qui correspond au point bas des Bourses fin décembre 2018».
Après la phase de rationalisation de ces dernières années, l’activitéreprend. Pour la troisième année consécutive, le chiffre d’affaires progresse, de +2,3%, dont +5% en organique. Après une baisse constante (-15 points en 12 ans), le poids de l’Europe a légèrement repris (+1 point) et représente maintenant 57% des ventes du CAC 40. La France pèse toujours un quart du chiffre d’affaires de l’indice.
Si les bénéfices nets reculent de 5% à 89 milliards d’euros, semblant «confirmer l’approche de la fin du cycle économique», la marge opérationnelle du CAC 40 (hors banques et assurances) progresse pour la troisième année consécutive, de 0,8 point à 8,7%. Une amélioration qui reste néanmoins encore loin des niveaux de plus de 10% d’avant la crise de 2008.
Les deux tiers des sociétés ont accru leurs capex
Les dépréciations d’actifs ont bondi de 40% l’an dernier à 16,9 milliards d’euros, tout en restant en deçà des pics de 23 milliards de 2013 et 2015. Une augmentation qui s’explique principalement par le triplement des pertes de valeur des écarts d’acquisition à près de 10 milliards d’euros. Des goodwill essentiellement imputables à Axa, Saint-Gobain, Technip et Danone. «Les sociétés ont continué à rationaliser leurs coûts et améliorer leur performance, mais il reste encore des marges de progrès, poursuit Marc Lefèvre. La présence de goodwill signifie que les acquisitions se poursuivent. Une bonne nouvelle.»
Fait particulièrement marquant de l’année, les investissements reprennent. Enfin ! Après cinq années consécutives de baisse, les investissements récurrents repartent en hausse, de 5% à 71 milliards d’euros. La troisième capitalisation de l’indice, Total, explique à elle seule la progression, avec des investissements en hausse de 3 milliards, après une baisse de près de 6 milliards en 2017. Néanmoins la tendance est là, les deux tiers des sociétés de l’indice ont accru leurs capex (dépenses d’investissement), pour un tiers qui les ont réduits. En moyenne, les investissements représentent 6,2% du chiffre d’affaires (+0,1 point en un an), mais restent toujours loin des 7,5% de 2008.
Signe d’une certaine reprise, les opérations de fusions-acquisitions ont atteint un record l’an dernier, avec 72 acquisitions pour 58 cessions, contre respectivement 37 et 26 en 2017. «Le dynamisme du M&A est essentiel pour la bonne santé du CAC 40, ajoute Marc Lefèvre. Toutefois, les investissements et les acquisitions risquent de diminuer cette année avec la montée des incertitudes. Les gros deals au premier semestre étaient déjà moins nombreux que l’an dernier, et les investisseurs agissent avec davantage de prudence. Les sociétés font preuve de plus d’opportunisme et de pragmatisme, notamment face aux fonds de private equity aux poches très profondes.»
Aucune augmentation de capital en 2018
Pourtant, le CAC 40 conserve un bilan très solide. L’endettement net se maintient à un niveau historiquement bas à 161 milliards d’euros, pour un gearing médian stable à 25%. Une société du CAC 40 sur quatre affichait une trésorerie nette positive fin 2018. Et les fonds propres touchent un nouveau plus haut, proche des 1.000 milliards d’euros, grâce à des mises en réserve de résultats. En effet, le CAC n’a procédé à aucune augmentation de capital l’an dernier, privilégiant les levées obligataires (42 milliards d’euros, contre 31 milliards en 2017) grâce aux taux très bas. «Les sociétés conservent des trésors de guerre importants, rappelle Sonia Bonnet-Bernard, associée EY et co-auteur de l’étude. On espérait davantage de M&A l’an dernier, mais toutes les opérations ne sont pas sorties. Les entreprises poursuivent leur recentrage sur leur business model et leur transformation, privilégiant pour le moment la croissance organique aux acquisitions. Néanmoins, le CAC 40 prend une coloration de plus en plus luxe et technologique, secteurs où les opportunités de croissance externe sont les plus nombreuses.»
Pour le moment, les sociétés privilégient le versement de dividendes (en cash ou en titres). Pour la première fois, ils dépassent les 50 milliards d’euros (+9% sur un an). «En réalité, l’enveloppe globale n’augmente pas sensiblement et le taux de distribution médian se maintient à 49%, constate Sonia Bonnet-Bernard. Aujourd’hui, toutes les sociétés versent un dividende, même si les résultats diminuent, voulant assurer un rendement de 2,5% à 3% à leurs actionnaires.»
Si les résultats du premier trimestre 2019, «au-dessus du consensus, sont plutôt encourageants, nous arrivons dans des zones plus complexes, avec la fin de la croissance synchronisée et la montée des guerres commerciales, conclut Marc Lefèvre. Un climat mondial qui nous invite à la prudence pour 2019».
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