La famille Zouari s’offre un festin chez Picard
En rachetant 43% du capital de Picard en janvier 2020 à un vendeur aux abois – le groupe suisse Aryzta – la famille Zouari imaginait déjà réaliser une bonne affaire. Mais sans doute pas dans de telles proportions. Le groupe de surgelés a annoncé lundi un refinancement obligataire de 1,71 milliard d’euros, dont une fraction servira à verser à ses actionnaires un dividende exceptionnel de 276 millions d’euros. La holding Invest Group Zouari et le fonds Lion Capital, majoritaire, se partageront cette manne. Pour la famille, qui avait déboursé 156 millions d’euros en échange des 43% et qui a ensuite porté cette part à 46,6%, c’est l’assurance de récupérer les trois quarts de sa mise initiale.
«La famille Zouari est un actionnaire minoritaire industriel, nuance un proche. La politique financière de Picard relève de la responsabilité de l’actionnaire majoritaire, Lion Capital.»
Habitué des rachats à effet de levier, Picard sait optimiser ses finances. Avec deux emprunts obligataires remboursables en novembre 2023 et novembre 2024, le roi du surgelé n’avait pas d’échéances proches. Il profite de marchés de crédit incandescents et d’une fenêtre de tir idéale. «L’opération de refinancement de Picard est très opportuniste, la société ayant connu une activité exceptionnelle en 2020 en raison du Covid», souligne Benoit Soler, gérant chez Keren Finance. Les confinements successifs ont dopé les ventes de surgelés. Pour son exercice décalé clos à fin mars, Picard devrait afficher une croissance annuelle de 15% de ses ventes et de son résultat brut d’exploitation (Ebitda), estime Moody’s. Une fois les restaurants rouverts, l’activité retrouvera un rythme plus modéré, ajoute l’agence de notation, ce qui ferait mécaniquement grimper le levier d’endettement à 7,4 fois l’Ebitda fin mars 2022.
Pour refinancer sa dette en même temps que son dividende, Picard compte lever 1,2 milliard d’euros à 7 ans à taux variable, et deux tranches à taux fixe de 250 millions à 7 ans et 260 millions à 8 ans. Le groupe sacrifie au passage à la mode des obligations sustainability-linked, assorties de critères durables. Picard s’engage ainsi à réduire de 6% la consommation d’énergie de ses magasins et de 10% les émissions carbone de sa chaîne logistique à horizon 2023. S’il ne remplit aucun des deux objectifs, le taux de sa dette s’accroîtra de 0,25%. Un surcoût hypothétique de 4,3 millions, bien modeste comparé au dividende qui attend ses actionnaires.
Plus d'articles du même thème
-
Alstom verdit son financement avec une nouvelle obligation hybride
L’émission de 700 millions d’euros conforte, pour l’heure, la notation prisée de l’émetteur en catégorie investisseurs. -
Super Micro fait à son tour appel au marché pour financer sa croissance dans l'IA
Dans le sillage de Google, le fabricant de serveurs a annoncé vouloir lever 7 milliards de dollars afin d'acheter les composants dont il a besoin pour honorer ses commandes d'infrastructures liées à l'intelligence artificielle. -
Le marché secondaire poursuit son ascension dans le non-coté
Les transactions devraient s’élever à 280 milliards de dollars cette année et atteindre les 500 milliards à horizon 2030, selon un sondage annuel réalisé par Jasmin Capital.
ETF à la Une
BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Le commissariat aux comptes séduit plus que jamais les jeunes générations
- L'extravagante valorisation de SpaceX suscite le vertige
- OpenAI lance son projet d'introduction en Bourse
- Le conflit au Moyen-Orient pourrait peser sur les perspectives des groupes du CAC 40
- Les méga-IPO hypnotisent Wall Street
Contenu de nos partenaires
-
Souffler sur les braisesViolences à Belfast : pourquoi les émeutes éclatent si vite au Royaume-Uni
De violentes manifestations anti-immigrés ont éclaté mardi soir dans la capitale de l'Irlande du Nord, après une attaque au couteau attribuée à un ressortissant soudanais -
Voix basseAffaire Lyhanna : pourquoi le RN choisit la retenue
D'ordinaire prompt à s'emparer des faits divers pour imposer ses thèmes de prédilection, le RN réagit avec davantage de retenue à l'affaire Lyhanna. Et mise moins sur la surenchère que sur la dénonciation d'une faillite globale de l'Etat -
« Une célébrité surcotée » : Anthropic publie une version sécurisée de Mythos, son IA surpuissante
Anthropic dévoile une version bridée de son IA ultra puissante. Une annonce retentissante qui sert une stratégie de communication bien huilée : l’accès au public est en fait bordé par des tarifs dissuasifs et des garde-fous stricts