Natixis veut renforcer sa base arrière portugaise

le 16/04/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La banque prévoit de délocaliser 209 postes internes et d'internaliser 128 postes non pérennes ou de prestataires à Porto. Les syndicats s'inquiètent.

Natixis
Natixis repositionne des activités franciliennes au Portugal.
(RK.)

Natixis mise toujours autant sur sa base arrière à Porto, où travaillent déjà près de 1.000 collaborateurs. Alors que la filiale de BPCE avait présenté fin janvier un plan de départs volontaires (PDV) de 245 personnes vers Porto, le groupe précise que le projet «entraînerait le repositionnement d’activités équivalent à 209 postes Natixis actuellement localisés en Ile-de-France». La banque prévoit également «d’internaliser» à Porto 128 postes non pérennes (alternants, stagiaires…) ou prestataires, ajoutant avoir «pour ambition de poursuivre l’internalisation à Porto de certaines fonctions IT (informatiques, ndlr) aujourd’hui externalisées». Le groupe rappelle qu’il a lancé «un vaste programme de mobilité interne et de formation pour ses collaborateurs». En revanche, il ne souhaite pas «commenter d’autres chiffres».

Du côté des syndicats, le son de cloche est différent. Dans une lettre adressée mardi au ministre de l’Économie et des Finance, Bruno Le Maire, et à la Ministre du Travail, Elisabeth Borne, que L’Agefi a pu consulter, les syndicats de Natixis ont calculé que ce projet de PDV présenté en janvier entraînerait la délocalisation à Porto de 430 postes des bassins d’emploi parisien et rémois, notamment 209 poste internes et 221 prestataires externes.

«Il y a un effet de loupe sur les 245 postes qui ont été annoncés mais cela va bien au-delà», confie un représentant du SNB CFE CGC, ajoutant que la direction n’a pas communiqué sur les postes externes, «mais en réalité les suppressions de postes concerneront aussi les prestataires externes». La direction a «pour idée de reclasser toutes les personnes internes. Les possibilités de reclassement en interne questionnent et inquiètent l’ensemble des organisations syndicales», regrette-t-il.

Fonctions support touchées

Ce PDV comprendrait la suppression de 36 postes dans les dérivés actions, les autres postes concerneront des fonctions support, de back-office, RH, mais aussi «automatisables». «C’est se couper d’une partie de la base de tous les métiers qui constituent les métiers de la banque, c’est une perte d’identité», regrette la source syndicale. L’intersyndicale demande aux ministres «de faire arrêter l’hémorragie d’emplois, alors que les résultats des banques sont ceux qui pâtissent le moins de la crise».

Ouverte en 2017, la base arrière à Porto est devenue le deuxième hub de Natixis en Europe pour ses fonctions supports. «Le développement de notre centre d’expertise à Porto est un vrai succès pour Natixis», se félicite la banque, ajoutant qu’il a «permis de renforcer (son) efficacité et (sa) compétitivité. Il enrichit (sa) culture d’entreprise en la rendant encore plus internationale et collaborative».

Avec ce projet de PDV, la banque compte renforcer l’expérience sur place (informatique, RH, risques), en l’élargissant à d’autres fonctions supports (finance, workplace et communication) et à certaines activités de la banque de grande clientèle.

Selon les calculs des représentants syndicaux, il n’existerait pas un grand écart entre le Portugal et certaines régions françaises, par exemple «entre les aides que les régions mettent en place pour favoriser la localisation d’entreprises dans leur bassin et les prix des loyers qui ne sont pas les mêmes qu’à Paris. Certes, il y a la question des salaires mais l’un dans l’autre il n’y a pas un écart avec la France».

D'autres délocalisations ?

Hors de ce PDV, l’intersyndicale dénonce d’autres pratiques de la filiale de BPCE. Les contrats jeunes sont désormais gérés par les RH de Porto. «Cette gestion de la part de Natixis heurte notre sensibilité car les contrats jeunes font partie de contrats aidés. On veut bien prendre les aides gouvernementales françaises, mais on veut les faire gérer de Porto», regrette le représentant syndical.

«De l’aveu même de la direction, ce projet sera suivi d’autres délocalisations massives», ajoute le courrier.

Les négociations sur le PDV ont démarré le 28 janvier, l’intersyndicale doit remettre son avis d’ici mi-mai à la direction. Elle espère que Natixis sera «freinée» dans ses délocalisations, qui devraient se faire d’ici mi-2022. Il n’est pas possible de connaître les économies réalisées ou à venir par Natixis dans le cadre du PDV. «A l’échelle d’une banque et des capitaux qu’elle manie, ce n’est pas monstreux», confie la source syndicale.

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