CNP Assurances entre dans une année de transition industrielle
CNP Assurances n’en a pas fini avec les «grandes négociations». De nouvelles échéances attendent le premier assureur vie français, après une année 2019 marquée par plusieurs accords clé. D’une part celui prévoyant la prise de contrôle de la compagnie d’assurance par La Banque Postale, qui remplacera la Caisse des Dépôts (CDC) comme premier actionnaire dans les prochaines semaines. D’autre part la renégociation des relations commerciales de CNP avec BPCE et avec la banque brésilienne Caixa, prolongées dans le temps mais sur un périmètre plus restreint. «Le futur de l’entreprise et son modèle économique sont aujourd’hui attestés», a déclaré hier Antoine Lissowski, le directeur général (DG) de CNP Assurances, à l’occasion de la présentation de résultats 2019 marqués par une stagnation du chiffre d’affaires en France.
A un an de la fin de son mandat et de ses 65 ans, le patron du premier assureur vie français a encore plusieurs chantiers d’envergure à mener pour devenir l’usine multiproduits du grand pôle financier public créé sous l'égide de la Caisse des Dépôts. CNP devra s’ouvrir à l’assurance dommages en reprenant les activités de la coentreprise dédiée de La Banque Postale avec Groupama. La Banque Postale a déjà annoncé qu’elle va prendre le contrôle à 100% de cette JV. Ensuite, «nous allons incorporer les dommages dans le CNP actuel, avant d’éventuelles restructurations du groupe, indique Antoine Lissowski. Début juillet, les échanges avec les partenaires sociaux vont commencer pour aboutir fin 2020 ou en 2021».
Nouvel organigramme
Le schéma d’une transformation éventuelle de CNP en holding, avec une branche dommages et une branche vie, semble mis de côté. Une filiale de dommages serait plutôt créée au sein de la compagnie actuelle. L’élargissement de l’offre, qui concerne aussi la prévoyance, va de pair avec la recherche d’une moindre dépendance à l’assurance vie en euro, pénalisée par les taux bas. Les nouvelles activités doivent aussi contribuer au développement de CNP en Europe, via des «partenariats» ou des «acquisitions».
Pour le moment, il n’y a «pas de réorganisation» du groupe, mais un «remaniement de l’organigramme dans les prochains mois», «sans grande ampleur», assure le patron de CNP. Après le départ à la retraite du DG adjoint Yves Couturier, le comité exécutif va bientôt accueillir Sarah Bouquerel. Cette spécialiste de l’assurance arrive de La Banque Postale pour prendre la tête d’une nouvelle entité en charge de relations… avec la banque publique.
En attendant de tirer les fruits de ses nouvelles ambitions, CNP fait la chasse aux coûts. La compagnie veut abaisser ses charges de 45 millions d’euros en 2021, par rapport au niveau de 2018, soit une baisse d’environ 5%. L’an dernier, les frais de gestion ont encore augmenté de 0,4% (et de 1,4% à périmètre et change constants). CNP ne donne pas beaucoup de détails sur les économies à venir, en dehors de son déménagement de Montparnasse à Issy-Les-Moulineaux, en 2022. La société ne prévoit pas de suppressions de postes mais «l’optimisation des processus avec les partenaires» commerciaux et une transformation informatique pour unifier les couches successives. Il y a encore «plus ou moins un système d’information par produit», pointe le directeur financier, Thomas Béhar.
300 informaticiens en plus
Dans ce domaine, CNP va bientôt intégrer quelques 300 informaticiens. Ils sont aujourd’hui employés par l’entité CNP IT dans une USE (unité économique et sociale) commune avec ICDC, la filiale informatique de Caisse des Dépôts (CDC), dévoilent plusieurs sources proches du dossier. «Ces gros bataillons de maîtrise d’œuvre rejoindront la centaine de salariés de maîtrise d’ouvrage qui sont déjà chez CNP. Le projet sera bientôt présenté aux partenaires sociaux, explique une source syndicale. Il confirme l’éloignement de la CDC. La CNP va passer demain du statut de filiale de premier rang à filiale de quatrième rang de la CDC», derrière La Poste et sa filiale La Banque Postale. «Les personnels concernés travaillent déjà tous pour CNP depuis longtemps. Il ne s’agit pas d’une opération capitalistique mais d’un changement de contrat de travail», ajoute un autre informateur. Avec, à la clé, la perte possible de certains avantages sociaux acquis dans l’orbite de la CDC. L’internalisation des prestataires de CNP IT va gonfler les effectifs de l’assureur qui compte environ 2.900 personnes en France. CNP et la CDC ne font pas de commentaires.
A l’inverse, l’assureur pourrait créer d’autres liens avec la Caisse. «La CDC veut jouer un rôle plus important dans la gestion des retraites. Nous, nous sommes un acteur spécialisé de la retraite par points», reconnaît Antoine Lissowski, sans en dire plus à ce stade sur ses ambitions dans ce segment de l’épargne. CNP est déjà l’opérateur de la Prefon, «le principal régime de retraite par points en France», dédié aux fonctionnaires. «Nous avons un savoir-faire dans ce domaine, au niveau actuariel, de l’investissement et de la gestion», rappelle le DG de CNP.
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