BPCE va lancer la vente de Fidor
On gagne moins à être ensemble. Après deux ans et demi, comme pour démentir le slogan de sa filiale, BPCE s’apprête à tourner la page Fidor. Selon plusieurs sources financières, la banque est sur le point de lancer le processus de vente de la fintech communautaire fondée en Allemagne et qui devait, à l’origine, devenir la néobanque du groupe en Europe. Clipperton, la boutique de M&A «tech» de Natixis, et Messier Maris ont été chargées de trouver preneur. Les info-mémos à destination des acheteurs potentiels pourraient partir début novembre, pour des remises d’offre d’ici la fin de l’année et un deuxième tour d’enchères début 2019, selon un calendrier indicatif. BPCE ne fait aucun commentaire.
Les difficultés de BPCE à faire une place à Fidor ont occulté, en France, le développement réel de la société. Le prix de revient de la fintech acquise en 2016 a dépassé les prévisions initiales pour atteindre environ 230 millions d’euros, en raison d’une gestion actif-passif trop risquée qui a forcé le groupe français à recapitaliser sa filiale bien au-delà de ses attentes. Fidor investissait en effet ses excédents dans des parts de titrisations de crédit automobiles subprimes en Grande-Bretagne. Quant au lancement de l’offre dans l’Hexagone, il s’est borné au seul volet communautaire, qui voit les membres échanger sur des sujets financiers.
Outre-Rhin, pourtant, Fidor n’a pas à rougir de ses performances commerciales. Depuis 2016, elle a triplé son portefeuille de clients dans son activité BtoC. «Grâce à la plate-forme communautaire, le coût d’acquisition est bien inférieur à celui d’autres banques mobiles, autour de 10 euros par client», assure un observateur.
Fidor peut aussi faire valoir une activité BtoB : avec son agrément bancaire, elle offre en marque blanche toute une palette de services, du back-office en passant par le paiement, jusqu’à la tenue de compte avec découverts et crédit. C’est notamment sa solution que l’opérateur télécom O2 (Telefonica) a choisie pour lancer son offre bancaire en Allemagne, qui aurait conquis autour de 50.000 clients.
Près de 45 millions d’euros de revenus
Cette activité BtoB, qui a quintuplé de taille sous l’ère BPCE, pèserait aux alentours de 25 millions d’euros de chiffre d’affaires, sur des revenus totaux qui devraient avoisiner 45 millions en 2018. Le bilan de Fidor est passé dans le même temps à plus de 1,5 milliard, constitué de dépôts que la société replace désormais de manière très conservatrice.
«Ce qui m’intéresse fondamentalement, c’est l’activité BtoC de Fidor» confiait mi-septembre Laurent Mignon, le président de BPCE, aux Echos. En revanche, la division de «bank as a service» ne s’inscrit pas dans la stratégie du groupe mutualiste. «BPCE ne se voit pas comme fournisseur d’une plate-forme technologique pour les néobanques en Europe», indique un observateur. Or, les activités BtoC et BtoB sont difficiles à scinder, l’agrément bancaire de la première permettant à la seconde de vendre une gamme complète. Après avoir réfléchi, avec l’aide d’Oliver Wyman, à une stratégie neuve pour la fintech en son sein, BPCE en est arrivé à la conclusion qu’un nouvel actionnaire de référence devait prendre le relais.
Plusieurs types d’acquéreurs pourraient être intéressés : des banques plus à l’aise avec le concept de «bank as a service», et des établissement de crédit classiques en Allemagne qui se doteraient là d’une brique numérique. Les acteurs du paiement, qui marchent aujourd’hui sur les plates-bandes des banques traditionnelles, y trouveraient aussi l’occasion d’élargir leur palette. Malgré des pertes entre 15 et 25 millions d’euros, Fidor lorgne des multiples de chiffre d’affaires ou de revenu par client, à l’image d’un Compte Nickel, qui pourraient amener sa valorisation au-delà de 300 millions d’euros.
Plus d'articles du même thème
-
Le comité de Bâle durcit les modalités déclaratives des banques systémiques
La Banque des règlements internationaux a publié des amendements visant à traiter le problème du « maquillage des comptes » des banques systémiques. Les mesures seront applicables en janvier 2030. -
BNP Paribas augmente la plupart de ses salariés entre 1.000 et 1.500 euros
Pour la première fois depuis 2024, la plus grande banque française par la capitalisation a accordé une hausse générale des rémunérations. Les salariés payés moins de 100.000 euros obtiennent une augmentation comprise entre 1% et plus de 5%. -
UniCredit va pouvoir prendre le contrôle de Commerzbank
La banque italienne a obtenu le feu vert de la BCE pour monter au-delà des 30% du capital de sa concurrente allemande. Elle pourrait en détenir près de 50% d’ici la fin de l’année.
ETF à la Une
Amundi renforce son offre d’ETF thématiques
- BNP Paribas augmente la plupart de ses salariés entre 1.000 et 1.500 euros
- Macif Vie est menacée par la Cnil d'une sanction de 7 millions d’euros
- Eutelsat bondit en Bourse alors que Starlink réduit ses services en Ukraine
- Danfoss réussit une émission obligataire malgré la cyberattaque en France
- Ledger fait face à une cyberattaque d'un nouveau genre sur la blockchain
Contenu de nos partenaires
-
NatureCOP17 biodiversité : malgré des ambitions affichées, la France reste à la traîne
Alors que la COP17 s’ouvre à Erevan, plusieurs rapports pointent un effondrement de la faune plus rapide en France qu'en Europe et des budgets amputés -
Tribune libreAlain Bauer sur le chaos du 17 octobre : « Et le peuple brûla son Hôtel de Ville »
Un auditeur en management venu constater l’état de la France pourrait sans mal résumer son rapport 2026 par une formule simple : hors la perception des impôts, rien ne marche plus correctement -
Choix publicsL’extrême gauche contre la République, le désordre contre la liberté
Ce qu'on a vu : un écroulement de l’autorité, une fracture irréconciliable de la communauté nationale et pour tout dire un effondrement du pays